mercredi 14 janvier 2015

Solitude

L'Ami, chaque soir, tout en vaquant à mes occupations incontournables, je pense à ce que je vais écrire. Écrire quoi ? La même question, toujours. Écrire, pourquoi ? La question qui tue ! Parfois même, l'angoisse me gagne. La page vide... L'écran, branché sur le monde, et moi, au milieu de nulle part, pour reprendre l'une de tes expressions récurrentes... avec mes pauvres petits mots. Oui, chaque soir, c'est le même refrain. Je ne suis jamais certaine de pouvoir seulement aligner le premier mot. Combien de fois ai-je failli ranger la plume, si lourde parfois. Mais chaque fois, je la reprends. Y a-t-il une addiction à l'écriture ? Tu me dis qu'il faut que j'écrive ; que même si tout a été dit déjà, personne ne le fait à ma façon ; que sans cesse, les mots doivent être rafraîchis, virginisés, réinvestis, habités... Que tout reste à dire, toujours ; que les mots voyagent à travers le monde et connaissent des destins insoupçonnés ; qu'ils sont source de rencontres surprenantes et d'échanges féconds ; qu'ils irriguent les jardins de l'esprit... C'est beau. Et pourtant, l'interrogation demeure. Tous ceux qui écrivent connaissent-ils ces instants de vide ?
Un homme solitaire, dans la gloire d'être seul, croit pouvoir dire ce qu'est la solitude. Mais à chacun sa solitude. Et le rêveur de solitude ne peut nous donner que quelques pages de cet album du clair obscur des solitudes. Pour moi, tout à la communion avec les images qui me sont offertes par les poètes, tout à la communion de la solitude des autres, je me fais seul avec les solitudes des autres. Je me sens seul, profondément seul, avec la solitude d'un autre ...
Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle

L'écriture, ça arrive comme le vent, c'est nu, c'est de l'encre, c'est l'écrit, et ça passe comme rien d'autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. 
Marguerite Duras

L'Ami, ce soir, je me sens seule, seule comme je ne l'ai jamais été. Que cet abîme peut être effrayant ! Et si je l'écris ici, c'est parce que je sais que d'autres solitudes me liront. Oui, quelque part sur la vaste Toile, quelqu'un de seul lira ces mots de solitude.

Je réalise qu'écrire n'est pas neutre. Ça m'a transformée. Et ça continue. Les mots prennent chair... Ils sont consubstantiels. Oui, c'est cela même... Combien maintenant je comprends ce que Victor Hugo voulait dire par « les mots sont des êtres vivants »... Ce n'était pas qu'une métaphore.

L'Ami, et toi l'Amie, vous devez me sentir bien ingrate de parler de la sorte, vous dont je sais la proximité et l'attention soucieuse, parfois même inquiète... Mais voilà, c'est ainsi. Demain, ça ira mieux. Demain, sans doute. L'ombre passera. Elle passe toujours. Et quand elle reviendra toquer à ma porte, je serai de nouveau assez forte pour affronter son regard. Voyez-vous, je commence à réaliser autre chose : l'espérance. Non pas en quelque chose que j'attendrais et qui ne serait que le fruit de mes illusoires projections. Non, simplement l'espérance. Est-ce cela, la foi ? Je ne sais. Mais c'est là. Aussi fort que la solitude. Plus fort même. Comme ça. Le sentiment d'être... Oui, demain, il fera jour. Le café du matin sentira bon son arôme. Le beurre sur le pain sera d'or et la confiture aux quatre fruits rouges m'évoquera les jardins d'Anjou. Avant de sortir, je scruterai le ciel par la fenêtre. Et quand j'y verrai passer, très haut, la mouette rieuse et jolie en son vol gracieux et tranquille, je lui rendrai son sourire. Il fera beau de nouveau. Je lirai vos compositions et celles de nos amis d'ailleurs. Et j'aurai envie de vous répondre. Car je garde toujours un petit mot dans mon cœur pour vous. Ce soir, cette nuit, je n'ai que cela à offrir. Mais j'y suis tout entière, comme tu l'écrivais si bien, l'Amie, aujourd'hui même. Voilà. Belle nuitée à tous.

5 commentaires:

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    1. Bonsoir Lisa. J'étais agréablement surprise en découvrant ton "merci". C'est gentil et cela me touche. Aussi, permets que je te le rende.

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  2. Ecrire toujours
    La puissante souveraine
    De la saudade ___

    Vous avez les mots pour écrire des sonnets,
    Lancez-vous, osez Dame Marie-L
    Mes hommages du soir___

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    1. Merci Dame Curare. J'aime écrire des sonnets, c'est vrai, mais je suis loin d'avoir votre talent. Les mots... Je descends parfois au fond de la mine pour les remonter... Ce soir encore.
      Je vous rends mes hommages de même.

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  3. Très jolie peinture

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