mercredi 28 janvier 2015

Mon ami

Parfois, lorsque je te regarde dans les yeux, je vois.
Dans tes yeux qui d'âge dépassent ton visage et la raison, les rouages tournent.
Tant d'autres regards nus ont plongé dans l'écume de ton iris et jamais n'en sont ressortis.
Nous en rêvons, de tes yeux qui savent voir les pétales où d'autres s'écorchent aux ronces.
Parfois, tu me laisses regarder.
Pour moi, tu recommences. Tu assèches les fragiles masques d'argile et déploie de tes fins doigts nos pensées. Tels des mobiles, tu les suspends à l'enfance.
Avec tant de précautions, j'observe ton ouvrage.
Jamais tu ne coupes, jamais tu ne plies. Seulement des entiers, des absolus.
Le vent souffle entre les fils et, tel un magicien, change tout de forme. A chaque fois, tu en souris.
Mais tu as toujours décliné l'invitation de la compréhension car tu sais, et que cela suffit.

Je m'en vais, tu sais bien.
Et je reviendrai peut-être voir voler les mobiles.
Mais pendant ce qui reste du temps, ce temps qui chez toi a la simplicité d'un nom, je vais tenter de vivre.
Je me baladerai sur la plage, quelques muguets à la main, pieds nus sur mon destin, prétendant ne pas le voir.
Souvent, j'aurai besoin d'oublier quelque peu, simplement pour regarder le soleil se coucher plus facilement.
Mais ce n'est pas grave car je sais que partout, il y a ce que tu as vu et que tu as aimé.
Alors, parce que je ne sais pas ce que tu as vu, j'aimerai tout.
Et parfois, je tournerai la tête vers l'océan, et me souviendrai de mon ami pour qui le monde était beau.

1 commentaire:

  1. "Mais ce n'est pas grave car je sais que partout, il y a ce que tu as vu et que tu as aimé.
    Alors, parce que je ne sais pas ce que tu as vu, j'aimerai tout.
    Et parfois, je tournerai la tête vers l'océan, et me souviendrai de mon ami pour qui le monde était beau."

    J'aime !

    RépondreSupprimer