jeudi 15 janvier 2015

Faisons battre les ailes des mots

Oui, Lisa, nous sommes tous une histoire et nous l'écrivons chaque jour. Parfois ces histoires se croisent et même se mélangent, se heurtent aussi, pour un temps, puis chacune repart de son côté, sur ses propres pages.

Inventons un sens, dis-tu... Et si le sens, c'était nous-mêmes ? ... Oui, ce sentiment d'absurde ne naît-il pas, quelque part, de l'ignorance où nous sommes de nous-mêmes ? Et plus on avance dans la connaissance de soi, plus le mystère semble s'épaissir... Nous nous fabriquons de l'assurance mais ce n'est là bien souvent qu'une composition, une posture pour habiller le vide. Vois-tu, nous sommes beaucoup à être aux prises avec cette interrogation foncière, la plus intime en réalité. Et le sentiment de notre solitude intrinsèque naît de cette même source. L'on en revient alors aux mots de l'errance dont parle Esther. Mais ces mots sont immensément précieux car ils servent de porte-parole à tous ceux qui les lisent et qui n'ont peut-être pas les mots pour le dire, les mots pour se dire... et à qui cela fait du bien, même si ce n'est qu'un peu. Mais un peu, ça peut être beaucoup, énorme même. Tu le sais bien, toi qui écris, à quel point les mots, les petits mots ont le pouvoir de panser les maux... Voilà pourquoi j'aime tant la poésie et les poètes. Ce sont des mages. Oui, la magie du verbe opère une véritable métamorphose des mots. Elle les fait passer de la chrysalide au papillon. Et si nous suivons leur vol, ils nous conduiront jusqu'à la fleur dont le parfum nous procure une si douce ivresse mais surtout un témoignage du beau. Et le beau nous inspire le sentiment du vrai car le beau c'est la splendeur du vrai. Si quelque chose est vraie, alors elle a du sens car l'absurde ne peut produire que du vil et du désespoir.

Force des mots, grandeur de la parole ourlée de leur beauté que leur sens parfume. Oui, Lisa, un poème est comme un onguent dont le baume caresse nos âmes souvent meurtries et si perdues parfois. De la douceur dans un monde de brutes pourrait-on dire aussi. Personne ne peut vivre sans poésie. La musique, les chansons, ce n'est pas autre chose. C'est la langue de l'âme. Oui, l'âme ne comprend que cette langue-là, qui est de tendresse aussi. Et c'est d'en manquer que le monde est en train de mourir. Alors mettons de la poésie dans nos petits mots et nos gestes anodins. Mettons-en partout. Faisons battre les ailes des mots !

Toile d'Élisabeth Sonrel (1874-1953), Our Lady of the Cow Parsley