mercredi 14 janvier 2015

Déjà les soldes

Déjà les soldes... Petite diversion dans le marasme ambiant. La platitude consumériste... Voilà, Madame. Merci Madame. Au revoir Madame. Noël fut à peine marqué. L'ambiance n'y était pas. Ni le cœur. Ni rien. J'ai pourtant vu de très belles vitrines. Mais bon, le Père Noël est fatigué, les gens sont blasés... Cette société de fausse abondance est devenue boulimique. Donc nauséeuse. Elle ne génère plus que l'ennui du déjà vu et du pareil au même, du déjà plus et de l'un petit peu encore...

Bon, que me faudrait-il ? Une nouvelle paire d'escarpins ? Un pantalon ? Une robe ?  Une chemise ? Vais-je craquer pour le poncho Claudie Pierlot que j'ai vu au Printemps Haussmann ? Ou la veste matelassée cintrée de Burberry, soldée à 40 % aux Galeries Lafayette ? Ou peut-être plutôt le Duffle-coat classique de silhouette féminine ajustée, conçu pour tenir chaud et offrir polyvalence, présentant une bordure en fourrure de renard amovible et une fermeture zippée et à boutons-olives caractéristique, avec des poignets à patte boutonnée d'inspiration Heritage, la martingale et les brides d'attache tressées et cirées complétant le design traditionnel ? Petit problème : il n'est pas soldé ! Et puis la fourrure de renard me le gâche. J'aime bien le renard. Mais libre et vivant, dans sa forêt.

Finalement, je n'en ferai rien, je crois. Et c'est bien la première fois. Non, l'Ami, vois-tu, je préfère m'attarder dans mon café habituel, écrire, converser, aller au fond des choses ou m'amuser d'un rien que j'aurai décidé... Rire d'une de tes sorties caustiques et me tenir, parfois, le ventre à m'oublier... Flâner dans les librairies et feuilleter les nouveautés, sans me soucier du temps qui passe ni du temps qu'il fait.

Pour vivre heureux, vivons cachés... Je comprends qu'Esther, la Dame de Hortus Closus, ait choisi cette devise. J'incline de plus en plus à cela. Pourtant, le blog... On ne s'y cache pas vraiment. Mais on ne s'y montre pas trop non plus. Un équilibre à trouver. Heureusement qu'Esther ne se cache pas tout à fait. Nous serions privés de ses belles compositions. Et maintenant que je visite son blog régulièrement, ce serait même une frustration. Merci Esther. J'aime votre manière d'être hors de ce monde. D'en combattre l'ombre. Les tueurs d'espoirs. De poser les mots. En douceur. Mais quelle force derrière ! Il faut beaucoup de retenue pour cela.

Les soldes encore. L'être humain, lui, est déjà soldé. Les démarques se suivent. Les entreprises licencient. Les cargos déchargent chaque jour des montagnes de camelotes et de gadgets fabriquées ailleurs par des armées d'esclaves qui n'auront bientôt plus que le droit d'exister. À peine. Et nous, nous achetons. Puis nous jetons pour acheter encore. Acheter, ça rassure. Ça compense. Ça rend le vide habitable. Acceptable. Pouvoir de l'argent. Sourire assuré. Cela donne l'air d'exister. D'en être, comme tu dirais, Justine. Le monde est ainsi. Demain encore. Nous aussi, nous sommes ainsi. Dans le monde mais pas de ce monde. C'est délibéré. Car ce n'est plus un monde dont on se reconnaît. Nos images y sont brouillées. Nos illusions recyclées et bradées. Ils peuvent les garder, nous n'en voulons plus ! La race des marchands prospère dans un cimetière de rêves. Mais ils ne réussiront jamais à nous ravir l'étoile qui brille au fond de notre œil. Jamais.

Toile d'Ignace Spiridon (1869-1900), So far from home

2 commentaires:

  1. Je vous remercie. Mais ce ne sont que des mots de l'errance.

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    1. Ce ne sont que les mots de l'errance... Je sais, Esther. Et les miens ne sont que ceux de l'espérance. N'est-ce pas quelque part pareil... Nous sommes tous des errants sauf que certains le savent et d'autres non. Quelque chose nous pose en ce monde puis nous en arrache et nous emporte... Que s'est-il alors passé ? Et qu'est-ce qui se passe ? Tout ce que nous faisons pour habiller ce passage semble si vain...

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