lundi 19 janvier 2015

Curare, demeurez

Evelyn de Morgan (1855–1919) The Garden of Opportunity, 1892

Curare, poétesse errante qui entrez sans frapper (j'aime vos impromptues !) dans les billets où l'on converse posément mais aussi parfois vivement ; qui déposez vos mots tranchés mais toujours affinés, si sincères pourtant (c'est là votre douceur incomprise); qui tantôt fustigez, tantôt louangez, là avec mesure, ici sans réserve ; qui soufflez le chaud et le froid, de sorte à ne plus trop savoir comment se vêtir (cette tension tout en filigrane insuffle une sorte de veille vivifiante et même, donne une alerte fécondante)...

Vous êtes de la poésie le sel qui pique, le sel qui abrase, le sel qui relève le goût, le sel qui conserve le vif, le sel, aussi, qui sèche le trop charnu... Jamais votre plume n'est insipide. Jamais elle ne laisse indifférent.

Vous êtes une marchande d'épices que vous semez à l’encan ou versez en pincées (pourquoi donc ai-je le sentiment d'une générosité insoupçonnée ?).

Vous vous dites celle de personne, mais je vous crois celle de qui vous redoute et donc vous attend et même, vous espère. Oui, je vous crois celle de qui vous êtes la conscience autant que le nécessaire regard sans complaisance. Alors, oui, votre indulgence est une largesse vraie et vos compliments une pleine mesure qui ne demande qu'à déborder. Ni exaltée ni blasée, vous pincez la corde du milieu qui est en fil de rasoir : qui vous survole s'y coupe ; qui vous pénètre y trouve à se nourrir. Oui, vous êtes à vous toute seule une sorte de métabolisme poétique : des mots-aliments, vous extrayez les mots-nutriments (j'emprunte cette formule à Justine).

Ne lisez pas les miens comme des mots médités et travaillés, mais comme des mots émus enveloppés dans le plus beau papier que j'ai pu leur trouver. Peut-être ne sont-ce pas les mots qu'il faut, mais ce sont les miens et je n'ai qu'eux ce soir. Je les pose dans ce billet comme dans une boîte. Ils sont pour vous. Curare, demeurez !

6 commentaires:

  1. Je ne suis qu'1 mauvais rêve,
    Je suis comme 1 poème inachevé
    Je suis faite d'adieux
    Je n'aurai jamais du exister -
    Je suis Cyorane-

    Mes hommages Dame Marie-L,
    Votre âme, je me suis approchée,
    Et je crois que je l'ai comprise -

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    1. Même les mauvais rêves connaissent leur réveil. Et ce sont ceux qui n'auraient jamais dû exister qui sont les plus vivants d'entre les mortels. Demeurez, car il y a assez de place ici pour tous les rêves, même les mauvais rêves. Il est une personne en ce lieu qui sait ce qu'ils sont. Je vous le confie, mais en mots voilés : Héraldie est né d'un rêve. Mais derrière le masque du renard se tenait la ruse. C'est alors que vint le loup et la biche s'est faite louve.

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    2. Il faut peu de choses
      pour inverser la courbe d'un sourire ;
      et renverser la coupe d'allégresse ;
      peu de choses
      pour passer de raison en délire
      et briser la naissante caresse.

      Il faut peu de choses
      pour éclairer la nuit de solitude
      et dire un dernier mot encore ;
      peu de choses
      pour trouver la douce quiétude
      et d'une corde le juste accord.

      Que faut-il à Curare
      pour demeurer en ce lieu
      qu'elle visite chaque soir ?
      Je lui sais gré des mots précieux
      qu'elle y pose sans jamais s'asseoir.

      Si elle part,
      déposera-t-elle ses armes ?
      essuiera-t-elle ses larmes ?
      Mais si elle demeure,
      elle trouvera ici toujours
      une place en libre séjour
      Oui, si elle demeure
      elle ira et viendra à sa guise
      selon sa pleine franchise.

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  2. Comme un éclair dans la nuit,
    Une déchirure dans l’obscurité,
    Restent imprimés sur la rétine,
    Ainsi Curare traverse-t-elle les vies
    Redonnant du sens aux égarés
    Eprise qu’elle est d’un absolu inaccessible.

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    1. (Pays de Poésie 21-1-14)

      C omme un grand cri,
      U n fier défi
      R etentissant
      A nos tympans,
      R évolte ardente
      E t bouillonnante.

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  3. Ô Curare, c'est toi la Muse, n'est-ce pas, qui veille dans l'ombre ? Allez, je t'ai reconnue, même si tu es errante et fuyante. Et comment pourrait-il en être autrement ? Impénétrables sont les voies de l'être ; indicible la source des mots dont tu remplis ta corne d'abondance. Je salue celle qui te prête son corps et son cœur car sa vie est un long cri qui finit par toucher l'âme. Toucher l'âme... C'est la plus belle et la plus noble des caresses qu'il se puisse imaginer. En-deçà, il ne peut y avoir que heurts et frottements dans un monde de brutes et d'amnésiques de la vie.

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