dimanche 30 novembre 2014

Hôtels de ville historiques français

Les hôtels de ville de Compiègne, Dreux, La Rochelle , Saint-Antonin, Saint-Quentin et Saumur illustrés par de superbes chromolithographies de la Belle Époque.

Quand la fleur bleue se termine par des bleus

Le 25 novembre dernier s'est tenue la Journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes. Les derniers chiffres font état d'une aggravation du phénomène, de quoi en avoir froid dans le dos : en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ! Son compagnon ? Les mots ont-ils encore du sens dans des circonstances aussi sordides ? Comment l'amour du départ (enfin, ce que l'on tient illusoirement pour tel) peut-il régresser vers des rapports aussi violents ? Comment un homme en arrive-t-il à battre une femme qui avait un jour fait battre son cœur ? Comment une femme se retrouve-t-elle finalement avec une brute ? N'y a-t-il donc pas des signes avant-coureurs dès le départ ? Certes, il est notoire que « l'amour » rend aveugle - et même souvent idiot - et que la plupart des unions s'établissent sur les bases troubles du désir et du plaisir, du calcul platement matérialiste ou mondain (plus-value de soi-même, faire-valoir social, bon parti financier...). Toujours est-il qu'un quiproquo relationnel, même s'il s'agit d'une sorte de compromis tacite, finit immanquablement par saillir et briser ce qui n'était jamais qu'une illusion plus ou moins bien tartinée. Ce genre de réveil est toujours dur. Violent même, comme on le voit. 

Passée la phase romantique et épicée de la chose amoureuse, quand la vie quotidienne et ses triviales nécessités la réduisent peu à peu comme peau de chagrin ; quand les habitudes s'installent à demeure dans une sorte de confort de soi-même - où l'on n'a plus besoin de se composer un personnage – et que remontent à la surface ou émergent les côtés les moins ronds de la personnalité, l'histoire d'amour se change le plus souvent en gestion de caractères et en compositions permanentes de toutes sortes. Bon, chacun met de l'eau dans son vin et cela aide à prolonger la relation. Mais ce système par défaut risque aussi d'être le premier palier descentionnel qui s'achève souvent par la chute finale : conflits, rupture, antagonisme... Où les mots sucrés du début ont viré à l'acide... Bien des unions ne perdurent que dans la résignation dans laquelle chaque partenaire essaie de maintenir un équilibre précaire entre une sorte d'acceptation plus ou moins éclairée des vicissitudes conjugales et le désenchantement profond (parfois refoulé) que le principe de réalité ne manque jamais de provoquer. Enfin, tout cela est bien complexe. Sauf que les chiffres sont parlants : chaque année, 216 000 femmes sont victimes d'agressions commises par leur ancien amoureux (on appelle cela un partenaire). Mais ces chiffres sont largement sous-estimés dans la mesure où seules 16 % d'entre-elles déposent plainte. Quand, par ailleurs, on note que plus de la moitié des unions finissent par un divorce ou une rupture, on ne peut que s'étonner face à un tel désastre. S'étonner ? Pas tant que cela dans un monde consumériste à outrance, où la relation consiste à se consommer mutuellement, jusqu'à la date de péremption ou jusqu'à épuisement du stock...

L'Espérance : " l'ancre de l'âme "


samedi 29 novembre 2014

Paris à la Belle Époque 2 : les mairies d'arrondissements

Ces cartes postales anciennes, signées Bognard et éditées par la Maison "Aux Travailleurs" du Boulevard Voltaire, mettent en image une quinzaine de mairies d'arrondissements.

Paris à la Belle Époque 1 : mélange de chromos anciennes

Le Paris de la Belle Époque vu à travers quelques chromolithographies éditées, notamment, par le Bon Marché.

L'Exposition Universelle de 1900 (2)

Le présent billet vient en complément de celui de Tessa, publié tout récemment, sur l'Exposition Universelle de 1900, qui marqua non seulement l'apogée de la Belle Époque mais célébrait surtout l'apothéose d'un siècle de conquêtes, de découvertes, d'inventions et d'innovations qui s'offrait alors comme la Porte d'un XXe siècle encore plus prometteur. On sait maintenant ce qu'il en était... Enfin, ce billet complète également celui consacré au Paris ancien par l'image, publié le 15 mai 2014, et comportant déjà un certain nombre de chromolithographies de cet événement. Deux autres billets suivront dans la foulée : « Paris à la Belle Époque 1 : mélange de chromos anciennes » et « Paris à la Belle Époque 2 : les mairies d'arrondissements ».

vendredi 28 novembre 2014

Fin d'Ophélie


Muse à la voix blême,
Chante tes adieux
Dans les chrysanthèmes.

Chante pour les dieux
Du ciel d’amarante,
Mais pas pour mes yeux.

La nuit transparente
Transforme un tombeau
En chair fulgurante ;

Les astres sont beaux,
La lune est humaine
Autant qu’un corbeau.

Ton cœur se promène
Vers les eaux, là-bas,
Toute une semaine ;


Et je n’y vais pas. 

Muse de romance
Cueille le jasmin
Dans le parc immense,

Au bord du chemin,
Au cœur des prairies,
Parfume tes mains

De ces fleurs meurtries ;
Tu n’as pas sommeil,
Chante l’insomnie,

Attends le soleil :
Sainte-Catherine
Te l’offre vermeil,

Ô muse chagrine.

Ci-dessus, Ophélia (détail) de John Everett Millais (1829-1896)
Illustration d'en-tête de Theodor Von der Beek (1838-1921)

Les amours dérivées


Se lève enfin le voile de Lilith
Dont on sait les mensonges
Car la clef de l'obscur mythe
Fut donnée par la voie des songes.

Voici l'oracle trop longuement tu
Qui annonce ce qui adviendra
En ces temps sans retenue
Que nulle raison ne contiendra.

J'ai vu deux cœurs arc-boutés
Sur une grève de galets tranchants
Qui à l'aube se voient déroutés
Par le reflux de l'horizon changeant.

J'ai vu deux regards incrustés
Dans les orbites du jour ensablé
Qui par leurs cernes sont lestés
Au vide du lendemain accablé.

J'ai vu deux bouches écrasées
Par froid revers de lèvres
Qui ailleurs se sont embrassées
Dans une aura d'étrange fièvre.

J'ai vu deux mains ouvertes
En calice de feinte passion
Qui dans l'ombre se sont offertes
En croisée d'impossible évasion.

Jamais les amours trompeurs
Nés sous les idoles d'or
Ne se libèrent de la torpeur
Des matins sans aurore.

Ainsi sombrent les amours dérivées
Que les desseins troubles égarent
Sur les chemins torves et déviés
De ceux qui avancent sans égards.

Ainsi errent les âmes sans scrupule
Que bientôt l'ombre et la poussière
Emportent vers leur crépuscule,
Là où se meurt toute lumière.

Les meules du temps souverain
Dont on entend le grincement,
Tandis que la pénombre étreint,
Tournent lentement mais sûrement.

Ainsi périssent les amours vénales
Promises à des lendemains illusoires
Et se tissent les destinées fatales
Où rien jamais ne peut s'asseoir.

Soufflent les vents de solitude
Et s'éteignent les râles du désir ;
Voici venir les temps de servitude
Par pleines coupes de déplaisir.

Illustration d'en-tête : René Magritte (1898-1967), Les amants ,1928

L'imagination

En quittant le monde de la réalité,
L'esprit de l'homme se plaît à vagabonder.
L'image incertaine de lieux familiers
Surgit alors d'un souvenir hésitant, et

L'imagination lui propose des visions
Irréelles de paysages envoûtants. Mais
Parfois, aux heures sombres, il est la proie des
Cauchemars hallucinants de bêtes, de lions...

L'inquiétude naturelle de l'homme le
Lance à la recherche de la vraie vie dont il
Se peut que le songe lui offre de subtiles

Images. Le rêve s'épanche bien souvent
Dans la vie réelle au point de constituer le
Centre vivant et mystérieux de l'existence.



jeudi 27 novembre 2014

L'Exposition Universelle de 1900


En juin dernier, Tessa nous avait fait un bel exposé en vidéo-projection sur l'Exposition Universelle de 1900 et dont nous publions enfin les images. Je saisis l'occasion pour remercier Tessa pour sa collaboration très efficace et indéfectible, notamment en ce qui concerne le travail accompli en héraldique, et plus précisément dans la recherche thématiques de blasons et de leur remise en couleur.

mercredi 26 novembre 2014

Le blason de Louis R. de la 4e2

Parti de sable et d'argent à l'étoile de l'un en l'autre et accostée de deux épées inversées de l'un à l'autre.

Le blason de Guillaume C. de la 4e3

D'argent à la barre de sable chargée du signe du Bélier du champ.

Le blason de Raphaël D. de la 4e3

De gueules au chef d'azur, un lion passant d'or, allumé, langué et armé d'argent brochant sur le tout.

Le blason de Anne-Clémence B. de la 4e3

De gueules à la licorne saillante d'argent, au chef de pourpre chargé de trois fleurs de lys d'or.

Le blason de Hélène S. de la 4e2

Écartelé d'or à l'écureuil de gueules et d'azur aux trois étoiles d'or.

mardi 25 novembre 2014

Barde, ne me chante plus


Barde, ne me chante plus les bravoures de jadis 
Où l'on vit tomber tant d'hommes dans la fleur de l'âge, 
Laissant veuves éplorées boire à l'amère calice 
Et orphelins jetés en cruel mûrissage. 

Ne me chante pas davantage les sombres exploits 
De ce temps nôtre qui est de très vile folie 
Et dont les œuvres sont du plus mauvais aloi ; 
Où chaque jour la simple raison se voit abolie. 

Tromperie et trahison sont les fruits putrides 
De ce bas monde désaxé soumis au Veau d'or 
Incarné dans ce papier qu'on dit inodore. 

L'on tue, l'on détruit et rend les peuples apatrides 
Pour se bien servir et jouir telles des bêtes immondes. 
Ô barde, ne me chante plus la noirceur du monde !

Barde et moniale


Une nonne a séduit Papillon de Lasphrise ;
Or le voilà rimant au nom de ses beaux yeux.
« Rhapsode, oses-tu être ici jaloux de Dieu ?
Il est vrai que la dame a des formes exquises;  

Eusses-tu entendu, pourtant, comme Moïse,
Un buisson te parlant au nom des lois des cieux,
Tu n’aurais point formé d’aussi profanes vœux !
Prends donc garde à l’échec d’une telle entreprise. »  

– « Mais le ciel sans ses yeux ne me serait plus rien ;
Le beau se ternirait, nul goût n’aurait le bien,
Indifférent serait de trouver honte ou gloire.  

C’est donc là tout le sens de ma supplication ;
Et si la belle entend ma douce invocation,
Je prie le charpentier qu’elle veuille m’en croire. »

dimanche 23 novembre 2014

La Philosophia Perennis de Notre-Dame de Paris


Le pilier trumeau de Notre-Dame de Paris, 
Celui-là qui partage en deux la baie d'entrée, 
Comporte un médaillon de belle allégorie : 
En place d'honneur, l'alchimie s'y trouve figurée. 

Elle a forme d'une femme dont le front touche les nues. 
Assise sur un trône, elle tient le sceptre royal 
Dans sa main gauche, insigne partout reconnu 
De souveraineté depuis le temps féodal, 

Tandis que sa main droite supporte deux livres : 
L'un fermé, qui symbolise l'ésotérisme 
- Le savoir qu'aux seuls initiés on délivre - 
L'autre ouvert, qui symbolise l'exotérisme. 

Maintenue entre ses genoux et appuyée 
Contre sa poitrine se dresse, bien levée, l'échelle 
Dite scala philosophorum à neuf degrés, 
Le compte des étapes que doivent franchir les fidèles.
 

La Philosophia Perennis, c'est la Philosophie Éternelle, qui traverse toutes les religions et qu'elle transcende, car irréductible par essence.
Il convient de préciser que le célèbre médaillon  sur le trumeau du portail central de Notre Dame de Paris, ci-contre, ne date pas des origines de la cathédrale. En fait, il s'agit d'un ajout tardif du 19e siècle par Viollet-le-Duc (1814-1879), le grand restaurateur des constructions médiévales. C'est lui-même qui ajouta cette figure lors de la restauration de Notre-Dame, entreprise en 1845.

La vie est une tartine



Lorsque j’étais marmot, j’aimais la confiture ;
J’aimais la quantité plus que la qualité,
Je pensais que c’était très bon pour ma santé.
Puis-je me pardonner cette désinvolture ? 

Or, le sucre et les fruits viennent de la nature,
Et le fruit est ce dont Dieu a voulu tenter
Le couple dont, je crois, vient notre parenté ;
Par quoi l’on voit que Dieu commet des forfaitures. 

Car, s’il eût tenté Eve avec de la moutarde,
Elle eût pu réfuter la logique bâtarde
Dont le méchant serpent farcissait son propos. 

Ainsi n’aurions besoin de nulle friandise
Et pourrions subsister sans nulle gourmandise,
Ayant notre désir, pour toujours, en repos.


samedi 22 novembre 2014

Celtic Mystique : The Foggy Dew

Fleur vagabonde

Était-ce parce que je m'étais parfumée plus qu'à l'ordinaire ? (j'ai parfois le doigt lourd sur le diffuseur !) Un jour – c'était au cours de l'été dernier, en Anjou, lors d'une promenade dans une prairie - un joli papillon, genre paon du jour, s'était posé sur moi. Peu farouche, l'aimable lépidoptère avait même consenti à monter sur le doigt que je lui tendis. Quel étonnement ! J'osais à peine bouger, voulant prolonger la magie du moment. Le bougre comptait sans doute me butiner... Du reste, on est toujours flattée d'être prise pour une fleur. Bon, il a tout de même fini par comprendre sa méprise et s'est envolé pour tenter sa chance ailleurs. Au revoir gentil papillon, que Jules Renard qualifia de fleur vagabonde ; et comme l'écrivit Claudel : «Même pour le simple envol d'un papillon, tout le ciel est nécessaire.» Tout le ciel... Il m'avait fait penser aux moineaux du parvis de Notre-Dame, qui viennent picorer dans votre main sans l'ombre d'une crainte. Le jour, me dis-je en moi-même, où les animaux sauvages n'auront plus la crainte des hommes, nous serons montés en humanité et aurons atteint la civilisation... 

 Le papillon

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté!
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté!


Alphonse de Lamartine (1790-1869) 

Hommage fraternel


L'Amie, entends, toi qui dès le commencement 
Fut à mes côtés sur les chemins d'Héraldie, 
Ce nôtre royaume où tant de jaillissements 
Nous ont conduits en vert Pays de Poésie, 

Je te veux rendre, en ce lieu même, un hommage. 
Ma sœur d'armes, dont je sais la noblesse de cœur,
Fidèle toujours, armée de patience, de courage, 
De bonne et vraie présence : que l'amitié demeure ! 

Tu portes, taillé d'or au papillon diapré,
D'azur à la clef de tanné posée en pal
C'est de ton solide vaisseau le mât de beaupré. 

L'Amie, cette clef levée ouvre plus d'une serrure ; 
Elle est, de ton mystère, le signe archétypal 
Et de ton esprit ouvert la plus belle parure.

Pastorale bacchique


Sous la ligne bleue des Vosges, au creux d'un vallon 
Qui s'ouvre grand sur la plaine de ma vieille Alsace, 
Est un cloître séculaire et secret jalon 
Où j'aime à poser mes pieds las et ma besace. 

Le lieu saint est d'excellente hospitalité ; 
Les moines y sont fort enjoués, point trop mystiques, 
Mais de bonne rencontre et de franche cordialité, 
Disciples de Bacchus et princes de la barrique. 

Bien plus que des frères, je les tiens pour proches parents. 
L'on y peut boire un vin blanc presque transparent, 
Frais comme une eau de source et servi dans une cruche. 

Après une courte oraison au bon Saint Morand, 
Moine de Cluny devenu patron des vignerons, 
Je repars dans le monde et ses chemins d'embûches.

Héraldique américaine : l'Illinois


L'Illinois est un État du Mid-Ouest des États-Unis. Le nom de l'État vient de l'algonquin « guerriers, hommes courageux ». L'Illinois a été le 21e État admis dans l'Union, le 3 décembre 1818. Il appartenait auparavant au Territoire du Nord-Ouest. Il est bordé au nord-est par le lac Michigan. Les États voisins sont le Wisconsin au nord, l'Iowa et le Missouri à l'ouest, le Kentucky au sud et l'Indiana à l'est. Au nord-est de l'État se trouve la ville de Chicago, la troisième des États-Unis, qui concentre à elle seule plus du cinquième de la population totale de l'État. La capitale de l' État est Springfield.

jeudi 20 novembre 2014

Tibet autonome

Le drapeau du Tibet est sans conteste l'un des plus remarquables, tant par son apparence que par sa richesse symbolique...

Une pincée de soi

Me voici encore assise au fond de la nuit, la fenêtre grande ouverte sur la cité frileuse et engourdie, cherchant les mots d'une lettre dont tu sais déjà tout. Il est en moi des choses si indicibles qu'aucun mot ne trouverait à les vêtir ; des choses si profondément enfouies qu'aucun mot ne les saurait puiser ; des choses parfois si lourdes aussi, qu'aucun mot ne les pourrait porter. Je lis les poètes, mes amis contemporains de l'autre temps ; je parcours leurs vers comme l'on marche dans les sillons d'une terre mille fois labourée mais pleine, toujours, de la promesse des moissons nouvelles. Odes et sonnets me sont d'agréable lecture ; l'on y trouve la juste mesure, telle une jointée d'eau fraîche que l'on boit en offrande à soi ; tel un morceau de pain que l'on garde longtemps en bouche pour en tirer toute la saveur des anciens jours. L'Ami, il y a longtemps que j'ai éteint l'écran de fumée cathodique qui déverse dans l'âme les mots désossés d'une vaine faconde, telles les bouches du métro qui rejette les foules maussades dans les artères décolorées de la cité, les matins blêmes et les soirs gris. Certains jours, les sourires béats me semblent comme des grimaces posthumes moulées dans une cire mille fois refondue, une sorte de contentement discount que l'on aurait distribué à la louche à la foire aux mirages. D'autres jours, l'empathie me submerge et je me désole alors de mon impuissance à panser les plaies de l'humaine condition. Entre la compassion pour l'autre et l'attention à soi s'insinue parfois une sorte d'indifférence raisonnée, un minimalisme concédé à la conscience pour faire amende honorable, une moyenne de soi-même dont on serait aussi l'hologramme ; assez, du moins, pour faire diversion. Cette platitude est d'autant plus aisée à mettre en œuvre que le monde bat désormais au rythme des écrans plats. Une pincée de soi-même lui suffit, n'ayant que faire du reste. Mais voici, les mots sont venus presque malgré moi. Notre langue est belle et généreuse. Elle se fait parfois désirer. Cette coquetterie-là lui est permise.

mercredi 19 novembre 2014

Alan Stivell : Kenavo Glenmor (1931-1996)

Retour sur une figure emblématique de Bretagne avec cet hommage d'Allan Stivell à Émile le Scanv, dit Glenmor, barde breton. Il fut notamment un des tous premiers chanteurs d'envergure dont la renommée dépassait les frontières bretonnes à chanter en breton, ouvrant la voie à une nouvelle génération de chanteurs. In memoriam.

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) : L'impossible

Amis de la poésie, s'il est une poétesse qui mérite d'être découverte, c'est bien Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), la marraine indiscutable des « muses » de la fin du siècle : Anna de Noailles, Gérard d’Houville, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Marie Noël ; celle à qui Balzac écrit dans une lettre : « […] car nous sommes du même pays, Madame, du pays des larmes et de la misère. Nous sommes aussi voisins que peuvent l’être, en France, la prose et la poésie, mais je me rapproche de vous par le sentiment avec lequel je vous admire. » ; celle, encore, dont Baudelaire déclare qu'elle «  fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme. »

La poésie de Marceline Desbordes-Valmore est d'une sensibilité si fine qu'elle en est presque éthérée. Il faut avoir beaucoup souffert pour écrire ainsi. Curieusement, elle a un lien indirect avec l"héraldique puisqu'elle fut la fille d’un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution. On pourra prendre connaissance de sa biographie et de son œuvre sur l'excellent site Un jour Un poème
Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes
Et vole, vole ainsi que l’alouette aux cieux,
Lorsque tant de clarté passe devant ses yeux,
Qu’elle tombe éblouie au fond des fleurs, de celles
Qui parfument son nid, son âme, son sommeil,
Et lustrent son plumage ardé par le soleil !

Ciel ! un de ces fils d’or pour ourdir ma journée,
Un débris de ce prisme aux brillantes couleurs !
Au fond de ces beaux jours et de ces belles fleurs,
Un rêve ! où je sois libre, enfant, à peine née,

Quand l’amour de ma mère était mon avenir,
Quand on ne mourait pas encor dans ma famille,
Quand tout vivait pour moi, vaine petite fille !
Quand vivre était le ciel, ou s’en ressouvenir,

Quand j’aimais sans savoir ce que j’aimais, quand l’âme
Me palpitait heureuse, et de quoi ? Je ne sais ;
Quand toute la nature était parfum et flamme,
Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours… passés.
Marceline Desbordes-Valmore, Recueil  : Les Pleurs

Festin de carnivore


   Ce grand bœuf nourri de carottes,
   Je me le mange, à l’échalote.
   Comme un oiseau tombé du nid,
   Dans mon assiette il a fini.
   Son nom, je crois, fut Charolais,
   Un bœuf à viande, un vrai de vrai !

Il dort, embaumé de vin rouge,
Dedans ma panse où rien ne bouge.
Honneur à toi, bœuf du bocage,
Toi qui parfumas mon potage,
Goûte la saveur des oignons
Et sois fier d’être bourguignon.

Cochonfucius

Illustration d'en-tête : Le banquet, par Anton von Werner (1843-1915)

Le blason d'Irène G.

Tiercé en pairle renversé, au 1 d'or à un écureuil rampant d'orangé, au 2 de pourpre à une étoile d'or aussi, au 3 de gueules à deux chaussons de danse posés en chevron d'argent.

mardi 18 novembre 2014

L'amitié



L'amitié ignore les calculs sordides,
Toutes les arrières-pensées. Elle tisse entre
Amis des liens d'égalité, voire de
Complicité. Les consciences y sont transparentes

L'une à l'autre... L'ami est l'être devant qui
Nous n'avons aucune retenue, devant qui
Par conséquent, nous nous montrons tels que nous sommes,
Sans faire aucune distinction entre nous-mêmes

Et le spectacle que nous cherchons à donner.
L'amitié abolit cette différence,
Entre le dedans qui n'a de réalité

Que pour nous, et le dehors qui est l'apparence
Que nous montrons toujours avec indifférence
Et qui nous vide de toute intériorité.

Défilé de mode

Parut une créature hâve au masque figé dont le regard sec et tragique, terré dans des orbites creuses, se mirait dans son plein de soi. Ce squelette dans sa gaine de peau, affublé de chiffons précieux, se déhanchait avec la grâce d’un automate. Cet être asexué, montrant tout mais ne révélant rien, suggérant tout mais n’inspirant rien, semblait un spectre menant une danse macabre. Cette chose articulée, d’un abord lascif mais d’allure martiale, immolait sa beauté désincarnée à l’inapaisable idole de la mode. Guerrière métallique aux pensées flasques. Ombre diaphane maculée du mitraillage des flashs. Simulacre de femme dans son galbe efflanqué. Oriflamme de chair claquant à tous les vents d’un monde fantasque contemplant son propre mirage. La créature disparut, ne laissant dans son sillage qu’une traînée de vide.

Blasonnement des sept péchés capitaux


D'orgueil, à la superbe en plissement de morgue sur une bouche carnassière,
Une carte noire d'exhibition brochant sur un torse bombé en enflure de soi-même.

D'avarice, à l'égocentrisme contourné de froideur et de sécheresse,
La tendresse mesurée à l'aulne du vide intérieur hanté de pensées troubles.

D'envie, à la convoitise cousue de détachement feint et de simplicité prétendue,
Un Veau d'or brochant sur le cœur accosté d'un camée gravé d'une Gorgone souriante.

De colère, à la langue armée de blessures, les lèvres bandées en arc de déraison,
Une psyché liquide retenue par un barrage fissuré par les accès d'hystérie.

De luxure, aux cuisses grandes ouvertes au plus offrant des amours vénales,
La concupiscence brochant sur une âme fuyante dévorée de soifs brûlantes.

De gourmandise, à l'appétence insatiable par nature et bridée par défaut, 
La pulsion consumériste battant tambour et sous-traitée par mercenaires interposés.

De paresse, au désir servile d'être entretenu en échange d'une soumission négociée,
La non-ingratitude jetée sur la balance faussée d'une duperie de complaisance.

Le tout de stuc et de carton-pâte émaillés d'or et de plaisir,
L'imposture en chef, la vanité en abîme et la flétrissure en pointe,
L'écu surmonté d'une Lilith impudique couronnée d'une corne lunaire.

lundi 17 novembre 2014

Les trois saisons de la vie


C'était quelque part en Gâtinais, au cours de l'arrière-saison. Nous longions les bords d'un étang. Tu disais de l'automne, dont nous sentions déjà les prémices, qu'il était un peu comme un second printemps, le baume devenu saveur, la tendresse raffermie, les couleurs pastelles de la floraison et les teintes chatoyantes de l'été passées dans les tons plus chauds et apaisés du feuillage changeant. Tu évoquais le classique parallèle entre les saisons et les âges de la vie qui n'ont pourtant pas cette succession chronologique que l'on se plaît habituellement à croire, car non seulement elles peuvent se contenir mutuellement, mais encore, elles n'ont pas la correspondance qu'on leur suppose. Tu disais même que certaines périodes de la vie étaient proprement hors saison car elles n'avaient le caractère d'aucune ; que les saisons du corps n'étaient pas celles de l'esprit... Devant mon étonnement, tu m'appris que tu faisais simplement tienne la pensée de Nietzsche qui disait, notamment, que les vingt premières années n'étaient jamais qu'une préparation de la vie et les vingt dernières celle du regard synoptique et intérieur, où l'on accorde ensemble tout ce que l'on a pu vivre auparavant ; que l'existence se jouait, pour l'essentiel, sur une période de trois décennies, entre vingt et cinquante ans ; que l'été correspondait à la première décennie, entre vingt et trente ans donc, où l'on brûlait – souvent en la gaspillant – une grande partie de l'énergie, par les ardeurs et l'impétuosité propres à cet âge ; que le printemps ne commençait véritablement qu'à partir de la trentaine, caractérisé par un air tantôt trop chaud, tantôt trop froid, toujours agité et stimulant, une sève jaillissante, partout une profusion de feuilles, de floraisons embaumées, beaucoup de matinées et de nuits enchanteresses, un travail pour lequel c’est le chant des oiseaux qui nous éveille, un vrai travail à cœur joie, sorte de jouissance de notre propre vigueur, renforcée par un avant-goût d’espérance ; qu'avec la quarantaine débutait l'automne de la vie, des années semblables à un haut plateau vaste et montagneux sur lequel court un vent frais ; avec un ciel limpide et pur par-dessus, son regard posé sur le jour et jusqu’au cœur des nuits avec toujours la même clémence ; c’est le temps de la récolte et de la plus cordiale gaieté ; que l'hiver, qui n'est pas une saison humaine, pénétrait en permanence les trois autres, dans les périodes de solitude, de maladie, de chagrin, de dépression... L'Ami, les saisons du cœur sont belles toujours.

Lilith, déesse de l'ombre et de l'obscure nature humaine


Lilith, antique déesse de la nuit et du vent,
descendit de l'arbre qu'Inanna planta 
en son jardin d'Uruk, la perle du Levant,
provoquant la chute d'Ève qu'un jour elle tenta

sous la forme d'un serpent, au Jardin d'Eden.
C'était, disent les anciens récits, pour se venger 
d'une malédiction car la créature chtonienne, 
prétendant fort à l'égale d'Adam se ranger 

et refusant de se tenir à sa juste place, 
fut condamnée à n'enfanter que des fils morts. 
L'antique déesse devint démon femelle dès lors. 

Reine des Succubes et Noire Régente des régions basses 
de l'âme humaine, Lilith entraîne dans la luxure 
quiconque se nourrit de ses propres vomissures.

Le blason de Doronn M.

Parti de gueules et d'azur au logo du Football Club de Barcelone brochant sur la partition, accompagné en chef et posés l'un à dextre, l'autre à senestre, de deux Liver Birds affrontés d'argent.

Le Liver bird est le symbole de la ville de Liverpool, que l'on retrouve également sur le logo de son équipe de football. Le Liver bird est un oiseau mythique, mi-cormoran et mi-aigle. 
  

dimanche 16 novembre 2014

14-18 : Triple Entente : leaders britanniques


Second billet consacré à la Triple Entente. Après les généraux français, voici quelques uns des principaux leaders du Royaume-Uni durant la Première Guerre Mondiale.

Les incroyables aventures de Charles et Charlotte

Sabrine, 10 ans, est une grande lectrice. Il lui arrive ce qu'il arrive à beaucoup de passionnés de lecture : l'envie d'écrire. Elle vient ainsi de commencer la rédaction d'un petit roman dont les personnages, Charles et Charlotte, en classe de 6e dans un collège parisien, vont vivre de bien curieuses aventures. Ainsi se retrouvent-ils projetés à Versailles, au temps du roi Louis, où ils se voient confiés une mission capitale...

Songeries des deux bouts de la vie

À quoi penses-tu, ô vieil homme, tout en tirant sur ta pipe ? Tes yeux sont dirigés vers le bouchon de ta ligne, que l'on devine flottant plus loin, mais ton regard semble ailleurs, quelque part à l'intérieur, là où se tapissent les choses du passé. L'eau invite, il est vrai, à de telles songeries et celle-ci, sans en avoir l'air, glisse aisément dans la méditation. Et toi, petite fille à la chevelure de feu et au regard si lumineux encore, avec ton sourire en aube du monde qui contient toutes les promesses de la vie devant toi, quels sont tes rêves ? Cette scène, belle et touchante, inspire toute la tendresse du monde, incarnée en ces deux personnes à l'autre bout de la vie l'une de l'autre mais unies en cet instant qui est d'amour pur et d'humanité vraie. 

Tableau de Henri Jules Geoffroy (1853-1924)

samedi 15 novembre 2014

Équipement du chevalier inexistant

Qui forgera pour moi l’armure d’argent lisse ?
Qui le solide écu, mur contre le danger,
Chargé pour le combat de meubles inchangés ?
Qui le sabre tranchant, pour combattre le vice?

Qui de gueules fera mon écharpe, complice
De maint long tour de garde où l’on ne peut bouger ?
Qui mes chaussons d’azur, où je pourrai loger
Ces pieds qui tant de fois me rendirent service ?

Mais je n’existe pas ; nul n’écoute ma voix,
Je poursuis mon chemin, héros sans toit ni loi,
À pareille évidence il faut que je me rende.

                                             La plaine de sinople et de sable les cieux,
                                             D’or les astres errants qui ravissent mes yeux :
                                             Je suis inexistant, je suis une légende.