lundi 8 décembre 2014

Vie de papier


Elle était belle. Si belle.
Dans ses yeux se cachait une profonde forêt où chantaient des milliers d'oiseaux multicolores.
Les arbres élançaient parfois leurs branches pour émerger en regard.
Un regard parfumé de secrets.
Son petit nez pointait vers le ciel, saluant les étoiles.
Ses lèvres avaient la couleur des premières framboises cueillies par des mains maladroites, un rose courageux mais un rouge timide.
Son sourire, caché dans un coin, ne sortait que pour l'éphémère.
Des tâche de rousseur, imperfections merveilleuses, troublaient sa peau comme un poisson trouble un lac.
Des nuances enflammées dévoraient ses cheveux irisés.
Et autant que la couleur brûlait ses mèches, les sentiments dévoraient ses pensées.
Elle était parfois emportée dans des tourbillons d'une joie ou d'un malheur incompréhensible. Rien ne les arrêtait.
Ils passaient comme passe la pluie.

Ses mouvements inspiraient la confiance, car lorsqu'elle riait et que cela faisait comme un mince filet d'eau chantant parmi l'herbe fraîche, on ne pouvait s'imaginer qu'elle ne fut pas sincère.
Et malgré tout cela, chacun de ses rires était offert aux mots.
Qu'y a-t-il de plus fragile qu'un mot ?
Faible promesse d'un instant volé au silence.
Elle lisait, vivait dans des monde enfouis qu'elle était la seule à pouvoir visiter.
Tant de magie s'en échappait.
Des petits éclats de poésie qui se glissaient dans les feuilles d'automne ou dans les cheminées le soir de Noël.
Elle se faisait oublier si facilement alors qu'elle volait autour des lettres où nageait parmi les élégantes virgules.
Si un jour ses rêves avaient explosé, tout l'Univers en aurait été aveuglé comme illuminé par une infinité de soleils.
Et pourtant, c'est là-bas qu'elle vivait, au creux d'un mot, penchée au bord d'une phrase, prête à tomber.
Et un jour, la chute commença.
Elle avait sauté.
N'ayant jamais connu que le bleu du ciel, le noir de la Terre fut bien insuffisant.
Ses ailes déchirées l'abandonnaient, seule.
Aujourd'hui, sa voix de cristal n'existe plus que dans les livres.
 

Si vous écoutez bien, peut-être entendrez-vous son rire, plié, timide, au coin d'une page.
Alors vous penserez à celle qui croyait en la vie de papier, et qui était si belle.

9 commentaires:

  1. J'attendais impatiemment tout ce week-end une nouvelle composition de notre jeune poétesse... et je découvre à l'instant Vie de papier... Je ne suis pas déçue ! Ah ! Lisa, ne cesse jamais d'écrire ! Ta plume est enchanteresse. Tu nous offres là de la très belle poésie, d'une sensibilité rare ; elle se lit comme on boirait de l'eau de jouvence. Marc a vu juste à ton sujet. J'espère que beaucoup de lecteurs apprécieront de te lire. Ce dont je suis certaine, c'est que les amis de la poésie aimeront comme j'aime. Merci Lisa pour ce beau texte. Je te souhaite une très belle nuit (sans doute ton vaisseau de nuit vogue-t-il déjà en Pays de Songes...) Il est l'heure que j'embarque sur le mien.

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    1. Merci mille fois ! Je suis ravie que ma petite histoire vous plaise !

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  2. Très riche écriture, non sans élégance.

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    1. Tout à fait. Je ne saurais mieux dire.

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    2. Merci ! Je suis très touchée par toutes ces critiques positives.

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  3. Bravo, j'adore.

    Alice M.

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