dimanche 28 décembre 2014

Ma lune

Depuis toujours, la lune m'a beaucoup intriguée et ce que j'en ai appris n'a rien levé du voile qui l'entoure, bien au contraire. Pour moi, son mystère est entier. Certes, elle est l'auxiliaire de notre terre dont elle régit les flux liquides ; mais il me semble qu'au-delà de cette fonction régulatrice, au-delà même de son influence sur notre psychisme, elle est le signe de quelque chose... N'est-elle pas, en dehors du nôtre, le seul et unique monde céleste qui s'offre directement à notre regard humain, sans que celui-ci doive recourir aux artifices des instruments ? N'est-elle pas alors une sorte de messagère qui nous dirait : « Voyez, je suis la preuve que vous n'êtes pas le seul monde dans cet univers sans bornes ; ma présence dans votre ciel vous invite à lever le regard et à le porter au-delà ; à vous faire à l'idée qu'il existe d'autres mondes que le vôtre. L'azur du jour est comme un manteau protecteur et sécurisant mais la vision s'en trouve limitée, fermée même, tandis que la nuit qui m'enveloppe est grande ouverte vers l'infini. Et cet infini est habitée. Bien plus que les lointaines étoiles dont vous ne percevez que la brillance floue, ma proximité vous fait toucher ma matérialité et donc la réalité de ce dont je ne suis que les prémices. »

Aujourd'hui encore, chaque fois que je regarde la lune, je repense à ces songeries de mon enfance. Parfois aussi, je l'imaginais comme un monde que l'on aurait posté près du nôtre pour établir et garder le lien avec le reste de l'univers ; d'autre fois, je la voyais comme une sorte d’œilleton géant par lequel « ceux de l'autre côté » pouvaient observer ce qui se passait sur terre ; ou encore, comme une parabole sphérique qui renvoyait ailleurs les images qu'elle enregistrait...

Lune des astronomes et des astrologues, lune des marins et des météorologues, lune des poètes et lune des lunatiques... Lune des songes. Ma lune aussi !

Toile de Johann Peter Hasenclever (1810-1853), Die Sentimentale

3 commentaires:

  1. Lune festive
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    La lune bleue au ciel est on ne peut plus sage ;
    Pendant qu’un sablier une veille comptait,
    Je la vis ce matin, qui lentement montait
    Surpassant, pour finir, les tours de quinze étages.

    De la festivité c’est l’antique présage ;
    Le barde-chamelier, qui au désert chantait,
    À son peuple fidèle un livre présentait
    Dans lequel fut inscrit ce savant témoignage.

    Buvons donc un godet à cette lune sainte !
    Et buvons à la loi, sur le fond du ciel peinte
    En taches de lumière, en astres voyageurs,

    En corps majestueux, qui dans leur longue marche
    Font avancer parfois une planète, une arche
    Où vivent sûrement quelques autres buveurs.

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    1. Suis en plein déjeuner. Je lève mon verre, à toi poète et à la lune sainte :-)

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