jeudi 11 décembre 2014

Force des mots

 
L'Ami, ne disais-tu pas que les mots ne sont fragiles que s'ils sont soufflés aux oreilles sourdes à la beauté de leur sonorité et fermées aux vertus de leurs vibrations ? Qu'ils se revêtent de force s'ils sont tissés en entrelacs d'entente profonde scellée d'amitié fraternelle et de connivence verticale ? Ne disais-tu pas aussi que du filigrane des paroles données, nous forgerons une épée de vérité dont le fil tranchera la faconde de qui détrousse les mots justes et tue la pensée qui chemine ? Que nous l'aiguiserons sur la pierre angulaire de nos cœurs battant et fendrons l'étal des boutiquiers d'âmes, engeance vénale et félonne qui écume la terre des hommes et crucifie l'âme du monde ? Que nous briserons la superbe du cupide se mirant et renverserons leurs idoles de toc et d'argile qui se nourrissent de la désespérance des promesses vaines ? Que nous frapperons de l'intérieur, au milieu du jour, quand les ventres repus engoncent l'ardeur mercantile, et au fond de la nuit, quand les reflets flétris se drapent de néant ? Que nous scanderons des incantations guerrières jamais entendues et dirons les mots ultimes et définitifs ? Que nous surviendrons quand le temps atrophié se dévorera lui-même et que les visages seront grimaces à revers, blafards d'hébétude ? Que nos mots trempés de feu bâtiront des cathédrales d'amour, tandis que s'écrouleront les bâtisses creuses des vies feintes fardées d'aventures plates jouées dans des cages d'écrans de verre ? Vois-tu, l'Ami, les matins où le monde exhale son haleine fétide et où son absurdité afflige mon âme, je me souviens de ces mots et leur force m'aident à traverser le jour.

3 commentaires:

  1. Je reste sans voix devant une telle force et je me rallie à votre combat:
    " A bas la vanité et le néant! vive l'épée de vérité! "

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  2. Cette force ne demande pourtant qu'à s'éparpiller dans notre monde de diversion et de vide. La force des mots c'est aussi la reconquête de la pensée libre sans laquelle nous sommes condamnés à nous liquéfier puis à disparaître dans la grande mécanique broyeuse d'âmes. Cela a l'air un peu exalté d'en parler ainsi, mais la réalité est bien pire que ce que l'on se plaît à ne pas trop considérer. C'est très inconfortable. Merci de votre ralliement. Mais vous en étiez déjà, ce me semble... Vos textes en attestent ainsi que votre appartenance à la Communauté du Blason :-) Belle nuitée, Morphée m'appelle !

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  3. J'en étais déjà certes mais votre texte exalte mon ardeur, m'encourage, me donne du courage, je voulais vous remercier pour cela.

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