vendredi 28 novembre 2014

Les amours dérivées


Se lève enfin le voile de Lilith
Dont on sait les mensonges
Car la clef de l'obscur mythe
Fut donnée par la voie des songes.

Voici l'oracle trop longuement tu
Qui annonce ce qui adviendra
En ces temps sans retenue
Que nulle raison ne contiendra.

J'ai vu deux cœurs arc-boutés
Sur une grève de galets tranchants
Qui à l'aube se voient déroutés
Par le reflux de l'horizon changeant.

J'ai vu deux regards incrustés
Dans les orbites du jour ensablé
Qui par leurs cernes sont lestés
Au vide du lendemain accablé.

J'ai vu deux bouches écrasées
Par froid revers de lèvres
Qui ailleurs se sont embrassées
Dans une aura d'étrange fièvre.

J'ai vu deux mains ouvertes
En calice de feinte passion
Qui dans l'ombre se sont offertes
En croisée d'impossible évasion.

Jamais les amours trompeurs
Nés sous les idoles d'or
Ne se libèrent de la torpeur
Des matins sans aurore.

Ainsi sombrent les amours dérivées
Que les desseins troubles égarent
Sur les chemins torves et déviés
De ceux qui avancent sans égards.

Ainsi errent les âmes sans scrupule
Que bientôt l'ombre et la poussière
Emportent vers leur crépuscule,
Là où se meurt toute lumière.

Les meules du temps souverain
Dont on entend le grincement,
Tandis que la pénombre étreint,
Tournent lentement mais sûrement.

Ainsi périssent les amours vénales
Promises à des lendemains illusoires
Et se tissent les destinées fatales
Où rien jamais ne peut s'asseoir.

Soufflent les vents de solitude
Et s'éteignent les râles du désir ;
Voici venir les temps de servitude
Par pleines coupes de déplaisir.

Illustration d'en-tête : René Magritte (1898-1967), Les amants ,1928

1 commentaire:

  1. Donal Óg
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    Tard dans la nuit passée, le chien parlait de toi,
    Ainsi que la bécasse au fond du marécage ;
    Serait-ce toi, l’oiseau qui va seul dans les bois,
    Puisque sans moi, tu n’as aucun compagnonnage.

    Ce que tu m’as promis, tu en avais menti,
    Que parmi les troupeaux tu voulais bien te rendre ;
    J’ai sifflé, j’ai lancé des centaines de cris,
    Un pauvre agneau bêlant m’observe sans comprendre.

    Tu m’as promis ce qui n’est pas à bon marché,
    Un bateau fait en or, aux mâts d’argenterie,
    Douze villes avec leurs douze grands marchés,
    Puis une place blanche emprès la mer jolie.

    Tu m’as promis ce qui toutefois ne se peut :
    Des gants faits de la peau d’un frais poisson de l’onde,
    Des souliers faits en peau d’un bel oiseau des cieux,
    Un habit de la plus coûteuse soie du monde.

    Au Puits de Solitude allant seule m’asseoir,
    Je regarde en moi-même et vois ma meurtrissure ;
    Je regarde ce monde où je ne peux te voir,
    Toi dont un éclat d’ambre orne la chevelure.

    Un dimanche j’ai fait de toi mon amoureux,
    Dimanche qui celui de la Pâque précède,
    Du Seigneur je lisais le trépas douloureux,
    Mes yeux t’offrant l’amour sans fin et sans remède.

    Ma mère ne veut pas qu’on se parle aujourd’hui,
    Demain, ni aucun jour, il faut tourner la page.
    De dire ça, le temps n’en fut pas bien choisi :
    Quand l’oiseau est parti, pourquoi fermer la cage ?

    Mon coeur est aussi noir que la prunelle au bois,
    Ou que le noir charbon dans une forge sombre,
    Ou qu’un débris de cuir sous de blanches parois :
    Tu as noyé ma vie dans la noire pénombre.

    Tu m’as pris le Levant, tu m’a pris le Ponant,
    Ce qui est devant moi et ce qui est derrière,
    La lune et le soleil qui vont au ciel tournant,
    Tu m’a pris, j’en ai peur, le Dieu de mes prières.

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