samedi 22 novembre 2014

Fleur vagabonde

Était-ce parce que je m'étais parfumée plus qu'à l'ordinaire ? (j'ai parfois le doigt lourd sur le diffuseur !) Un jour – c'était au cours de l'été dernier, en Anjou, lors d'une promenade dans une prairie - un joli papillon, genre paon du jour, s'était posé sur moi. Peu farouche, l'aimable lépidoptère avait même consenti à monter sur le doigt que je lui tendis. Quel étonnement ! J'osais à peine bouger, voulant prolonger la magie du moment. Le bougre comptait sans doute me butiner... Du reste, on est toujours flattée d'être prise pour une fleur. Bon, il a tout de même fini par comprendre sa méprise et s'est envolé pour tenter sa chance ailleurs. Au revoir gentil papillon, que Jules Renard qualifia de fleur vagabonde ; et comme l'écrivit Claudel : «Même pour le simple envol d'un papillon, tout le ciel est nécessaire.» Tout le ciel... Il m'avait fait penser aux moineaux du parvis de Notre-Dame, qui viennent picorer dans votre main sans l'ombre d'une crainte. Le jour, me dis-je en moi-même, où les animaux sauvages n'auront plus la crainte des hommes, nous serons montés en humanité et aurons atteint la civilisation... 

 Le papillon

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté!
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté!


Alphonse de Lamartine (1790-1869) 

2 commentaires:

  1. Un papillon de mai vole auprès du canal,
    L’eau en est noire et froide, immobile et profonde.
    Cet azur printanier vient-il de l’inframonde ?
    Porte-t-il avec lui un message infernal,

    Ou sort-il seulement du sommeil hivernal ?
    A de telles questions, je doute qu’il réponde,
    D’ailleurs, il n’est plus là, depuis quelques secondes ;
    Ce n’était qu’un azur fugitif et banal.

    Le temps que je l’observe, il a quitté la scène ;
    Préférant au canal les berges de la Seine,
    Il est parti d’ici pour ne plus revenir.

    Ainsi à notre esprit des idées apparaissent,
    Puis meurent dans l’instant où l’on s’y intéresse,
    Sans que nous en gardions le moindre souvenir.

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  2. Je n'avais pas rencontré ce sonnet dans vos pages, mais je me doutais bien que le papillon n'a pas échappé à votre plume :-)
    J'aime beaucoup le tercet final.

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