mercredi 22 octobre 2014

Mots et Liens


       Mets des liens sur certains mots,
       Fabrique un itinéraire ;
       Aide ton lecteur à faire
       La découverte du Beau. 

        Impossible qu’on résume
        Ce parcours qui voit surgir
        La licorne de la brume
        Un instant, puis repartir.


Victor Hugo écrit que les mots sont des êtres vivants. C'est vrai, une fois qu'ils ont franchi le seuil de notre bouche, ils vivent leur propre vie. Les mots ne sont jamais neutres, même les plus banals. Les mots sont puissants, ils peuvent donner la vie ou la mort, construire ou détruire. On parle bien de mots assassins... Mais les mots servent aussi à taire ce que l'on veut dire ou à ne pas dire ce que l'on veut taire. Ils informent ou déforment. Ils manipulent aussi. La publicité, les médias et la politique sont rompus à ces pratiques... Un mot est un son, donc une onde sonore, chargée d'une vibration particulière, son principe actif : celle de l'intention qui le précède. Parfois les mots dépassent la pensée ? Certes, mais quelle pensée ?  La consciente ou l'inconsciente ? Les mots qu'on a laissés s'envoler reviennent toujours frapper à notre porte, telles les ondes provoquées par un caillou jeté dans l'eau qui retournent à leur source quand elles ont atteint le bord.

Marc Sinniger


Il semble que l'exigence d'une expression correcte s'impose à tous pour mettre en circulation ses idées, ses émotions, ses conjectures, et l'exactitude lui est nécessaire pour trouver la formulation juste d'une pensée malaisée à saisir. C'est par l'opération du langage que chacun peut extraire de lui-même, cette pensée qui était dans l'attente d'une expression la plus parfaite possible. Les mots seraient les signes qui permettent de l'enregistrer avec fidélité, mais les mots ne sont pas seulement la simple forme s'adaptant à une pensée qui existerait déjà, toute faite ; ils permettent aussi son apparition : une communication s'établit entre la pensée et les mots qui ne sont plus alors de simples signes mais de véritables instruments permettant d'épanouir une pensée dans une formulation heureuse. Tels des êtres vivants, les mots par leur rythme, leur sens, les images qu'ils évoquent permettent à la pensée de chacun de se construire peu à peu.
Le mot (...) est la chair de l'idée, mais cette chair vit. Si (...) vous séparez le mot de l'idée, c'est de la mort que vous faites. Comme dans la mort, l'idée c'est-à-dire l'âme, disparaît. Votre guerre au mot est l'attaque de l'idée. (Victor Hugo)

Pierrette Colas

Nous tairons les mots et dirons les silences ; 
Nous panserons les maux de nos absences. 
Ensemble nous élèverons les choses 
Vers leur ultime métamorphose.

Est-ce folie que de vouloir l'azur au creux de ses mains ? 
Est-ce raison que de courir après les creux lendemains ? 
Ne me donne pas tes mots mais dis-moi ta parole ; 
De la fleur de tes songes, ouvre-moi la corole.

Marie-Louise de Beaulieu

  
C'est du silence que naît la parole.

Les mots issus de la turbulence mentale ne sont que bruits de bouche, lourdes bulles visqueuses qui éclatent quand l'aiguille du sens les veut sonder.

De verve en faconde, les mots sont charriés par le flux de la communication prédatrice.

Ce sont des dictionnaires entiers qui se trouvent pris en otage par les diseurs et les parleurs.


Pour subvertir les concepts, il leur faut tuer les mots. Il suffit donc de leur couper les racines. Ainsi œuvrent les fossoyeurs de la langue, c'est-à-dire les sicaires de la pensée.

Combien de mots reposent désormais dans le sépulcre de l'étymologie. Et combien de sens n'ont-ils pas emportés sur l'autre rive !

Ci-gît un mot, né d'une mère latine et d'un père grec, dont les siècles passés ont enrichi la garde-robe et que notre temps a rendu SDF (sans définition Fixe). R.I.P.

Fusion du geste et du cri : le mot.

Pensée incarnée et réduite à la fugacité du dit et au mutisme de l'écrit.

Dire un mot, c'est encore parler trop.

Avoir des mots, c'est les gâcher, forcément.

En un mot ? Autant le dire d'abord et taire les précédents !

Un grand mot, c'est-à-dire une pensée petite.

Un mot malheureux : une pensée nue.

Un mot de trop : signe qu'on n'en dit pas assez.

Jouer sur les mots, au risque d'en déjouer le sens.

Ne souffler mot, surtout quand il n'a que des voyelles.

Prendre au mot, de peur que l'autre ne s'en paye.

Se payer de mots c'est débiter la parole.

A demi-mot ? Certains sont insécables.

Se donner le mot plutôt que de se prendre la parole.

Un bon mot sied au bel esprit.

Un gros mot exige une certaine élégance buccale.

Le mot-à-mot chute au pied de la lettre.

Avoir son mot à dire : le fin mot de l'histoire n'est-il pas qu'un mot en cache toujours un autre ?

Donc, avoir le dernier mot : ô prétentieuse sémantique !

En conclusion, un seul mot d'ordre : motus !



D'or à sept silences (qui sont d'or aussi).







 

1 commentaire:

  1. Autrefois, on pouvait, sur les pages d’un livre
    Indiquer au public plusieurs pistes à suivre :
    Un lecteur paresseux, souvent, n’en faisait rien.

    Plus forts sont, maintenant, les liens entre les textes ;
    Plus difficile aussi de trouver un prétexte
    Pour ne pas aller voir, d’un clic, le bout du lien.

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