lundi 6 octobre 2014

Les augures du soir

Certains soirs, les mouettes, remontant des proches Tuileries, viennent danser un ballet aérien devant ma fenêtre grande ouverte sur la nuit qui descend, une nuit parfois douce comme un ruban de soie, parfois épaisse et visqueuse comme un linceul huilé. Et par cette fenêtre, béante telle une question sans cesse renouvelée et qu'aucune réponse ne saurait plus ni satisfaire ni apaiser, la vue se perd à l'horizon sans ligne ni lendemain. Mais le chant rieur et oraculaire des mouettes m'annonce, je le sais, qu'au-delà du large, le fil n'est pas rompu. Que quelque chose, aussi, se trame. Que la roue du destin est en train de tourner et de moudre la moisson des actes passés... Après avoir tourné plusieurs fois devant ma fenêtre et que je leur aie adressé un dernier salut de la main, elles se dirigent vers la Madeleine où, peu à peu, s'éteint leur cri en même temps que s'estompent leurs silhouettes. Il arrive parfois qu'elles se posent sur la toiture de l'immeuble d'en face, avant de reprendre leur envol. Leur présence prolongée me souffle alors dans l'âme des choses indicibles.  D'autres soirs, ce sont les corbeaux qui passent. Alors je sais que c'est du lourd. Le pire est toujours possible.

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