lundi 20 octobre 2014

Lanza del Vasto (1901-1981) : Qui nous apportera le salut ?

« Est-ce vous les Politiciens, les Ministres, les Gou­verneurs ? Je ne vois que des marionnettes et je vois les ficelles qui les manœuvrent : les intérêts, les opinions, les transactions et les intrigues. Ils représentent le peuple comme les marionnettes représentent des personnages. Comment l'ignorance du grand nombre, la folie des foules et la loterie du vote produiront-elles la sagesse, la dignité, l'indépendance du maître ? Les dirigeants étant dirigés par ceux qu'ils dirigent, il n'y a pas de direction, de droit ni de droiture. Alors les maîtres, les hommes libres, est-ce vous les rares riches qui dans cette ruche n'avez d'autre fonc­tion que de goûter les bonnes choses de la vie comme si vous étiez le suprême aboutissement et la fleur de ce monde ? Si libre est celui qui fait ce qu'il veut, quelle peut être la liberté de ceux qui n'ont rien à faire et dont les moindres caprices sont si vite accomplis qu'ils trouvent difficilement quelque chose à vouloir. Ils ne peuvent que subir l'exigence de leur état qui est de jouir sans relâche. Mais le désir outre mesure comblé est dégoût et le plaisir continuel, ennui. Ils en sont réduits à boire sans soif, à manger en se souhaitant un appétit qui manque, à jouer à l'amour sans amour, à suer au golf pour se reposer du repos, à voyager sans but et parce que leur bonheur se trouve toujours ailleurs, à lire pour se distraire et se vider de toute pensée, à bâiller au bal et au théâtre. Et sans doute, un jour ils se tueront, n'ayant trouvé d'autre issue à l'extrême misère de n'avoir pas de raison d'être. Voilà, au centre du tourbillon, le vide qui s'appelle vanité. »

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