dimanche 19 octobre 2014

Blasonnement incertain

L’écu est de sinople à un drôle d’oiseau
Dont le chef, cependant, n’est pas reconnaissable ;
Le volatile est d’or et ses ailes de sable,
Je ne sais pas si c’est un pluvian des roseaux.

Sont-ce les armoiries du duc de Palaiseau
Ou celles d’un quidam, d’un bonhomme inclassable
Poursuivant chaque jour des buts inconnaissables,
Tel Noé se risquant, sans guide, sur les eaux ?


Brochant sur une branche, un porc de carnation.
Que représente-t-il ? L’esprit d’une nation,

Un corps immatériel, un miroir fatidique ?

                                            Je ne sais pas pourquoi je songe au rossignol,
                                            À l’Empereur de Chine et à Marcel Pagnol ;
                                            Ou c’est, plus simplement, une farce héraldique.


                      Cochonfucius, Pays de Poésie


J'ajoute ici le commentaire de Pierrette Colas au sujet de ce sonnet, repris du billet Les oiseaux tombés du ciel.  
Bonjour Cochonfucius, drôle de sonnet vraiment ! J'ai du mal à me représenter le blason qu'il évoque : De sinople au pluvian (ou au rossignol) d'or, ailé de sable, au porc de carnation brochant sur une branche. Très incertain en effet, ce blason ! Vous posez la question, me semble-t-il, du rapport entre la poésie et l'héraldique. L'héraldique est précis, le blason doit être parfaitement blasonné, sans ambiguïté, à partir de là il devient très suggestif. En poésie c'est la même chose : le poème suit les règles du rythme, des rimes... il s'exprime par métaphores et devient également très suggestif. Je me demande s'il ne faut pas plutôt chercher comment l'héraldique peut-il illustrer les poèmes qui sont eux aussi des images et non pas de tenter comme vous semblez le faire, de mettre en mouvement les blasons. Qu'en pensez-vous ?

Quand je vous dis que vous mettez les blasons en mouvement, je veux dire que comme dans votre billet Blasonnement hésitant, vous faites changer les meubles et les couleurs de votre blason, ce qui est étonnant, puisque, justement, la force du blason est d'être une forme fixe suggestive grâce à ses codes.

8 commentaires:

  1. « Ou c’est, plus simplement, une farce héraldique. »... J'opterais assez pour cette dernière idée. Notre poète a un côté facétieux (et peut-être même iconoclaste), c'est évident, et l'héraldique, qui se donne volontiers une stature hiératique, s'y prête à merveille. Nous-mêmes prenons parfois quelque liberté avec la matière en créant des blasons qui ne sont plus l'attribut d'une personne ou d'un groupement de personnes mais qui font office de représentations symboliques d'un concept ou, plus simplement, d'une histoire, d'un poème... Je me souviens que Marc avait une fois dit que l'héraldique, pratiquement la seule science à n'avoir pas changé ses codes depuis les origines, c'est-à-dire le Moyen-Âge, doit être à la fois perpétrée dans toute sa rigueur mais aussi s'ouvrir, en parallèle, à de nouvelles applications et que ce serait là un moyen de la réactiver auprès du grand public... Mais bon, la chose se discute, bien entendu, et je ne suis pas assez versée là-dedans pour en juger.

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  2. Alors là! plus de doute possible! c'est "une farce héraldique". Sacré Cochonfucius!

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  3. Les armoiries sont immuables, une fois élaborées, mais non pas juste avant.

    Mes "blasonnements farceurs" peuvent être pensés comme se situant au cours de la phase où quelqu'un hésite entre plusieurs meubles, plusieurs émaux ou plusieurs cris de guerre.

    Merci en tous cas de les accueillir par ici !

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  4. Voilà qui est fort bien dit. La composition du poète se situe en amont du blason. Pierrette, si nous devions mettre par écrit nos conversations au moment d'élaborer un blason, cela donnerait des textes plutôt surréalistes, drôles en tous les cas. Le blason entre en scène dès qu'il est terminé et publié. Mais avant, il y a tout un travail en coulisses...

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  5. Certes mais même s'il est vrai qu'en élaborant un blason il faut choisir entre plusieurs meubles, émaux, partitions et devises... il n'en reste pas moins qu'une fois constitué le blason est un objet magique qui délivre du sens et ce sens renaît en fonction du temps et de la personne qui le regarde. C'est ce qui m'étonnait dans le blasonnement incertain de notre ami Cochonfucius, êtes-vous d'accord tout de même qu'il faut considérer donc, l'avant et l'après du blason?

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  6. J'ai bien compris ce que vous vouliez exprimer Conchonfucius mais c'est une fois qu'il est constitué que le blason devient mouvant, sa forme fixe le rend polysémique. Les armoiries sont immuables du point de vue de la forme mais "muables" du point de vue du sens si je puis me permettre.

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    1. Un crapaud devient fleur de lis (Voir Pharamond dans le billet «Sagesse du crapaud» sur ce même blog): "De sable à trois crapauds d'or".

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  7. D'accord, c'est exact, le blason peut changer de forme. Vous m'éclairez même sur le fait que le texte peut transformer le blason alors que le blason peut suggérer le texte, je le savais confusément puisque j'écris parfois des contes à partir de blasons, grâce à vous j'en suis maintenant certaine. Merci Cochonfucius.

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