mercredi 15 octobre 2014

Blasonnement hésitant

           De gueules, cet écu, cette pure merveille
           À deux lions orangés qui dorment à moitié,
           À un monstre volant qui dit : Ayez pitié !
           (Mais que peut donc bien être une bête pareille ?)

           Comment le blasonner, si l’un des lions s’éveille
           Et sort pour se livrer à son sort de guerrier,
           Ou si d’une antilope il se fait meurtrier ?
           (Ou si, sur son museau, se posait une abeille ?)

           Ou si, parmi les lions, venait un tamanoir,
           Un phoque, un éléphant, un ours, un cheval noir,
           Un bestiau non décrit dans la littérature ?

           Ou si le vent changeait la teinture du champ,
           S’il devenait de sable, ou d’azur, ou d’argent ?
           Du cercle, l’héraldique est parfois quadrature !

3 commentaires:

  1. Un jour j'ai rencontré un monstre volant.

    « Ayez pitié ! », a dit le monstre.

    « N'ayez crainte. Je n'ai jamais tué de monstres volants. Des monstres normaux, oui, peut-être. »

    « Ayez pitié ! », a dit le monstre.

    « Mais maintenant, je ne tue plus les monstres. Les moustiques, oui, mais c'est une autre histoire. »

    « Ayez pitié ! », a dit le monstre.

    « Envers toute créature, je m'efforce à la pitié, mais parfois il faut, pour protéger un innocent, s'en prendre à un meurtrier. »

    « Ayez pitié ! » a dit le monstre, puis il s'est envolé.

    J'ai dit à mes élèves : « Mes chers petits, retenez bien ceci. Le monstre volant ne sait dire qu'une seule chose, mais ses paroles me furent un enseignement. Peut-être devrais-je m'efforcer de devenir comme lui. »

    « Ayez pitié ! », dirent certains élèves, un peu farceurs.

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  2. Moi, je n'ai jamais pitié de personne, avoir pitié de quelqu'un c'est le rabaisser.

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    1. Très juste. Mais ce que l'on perçoit souvent comme de la pitié est en réalité une forme de compassion (du latin médiéval "compati" = souffrir avec), où l'on se sent plus que touché par la souffrance de l'autre : véritablement concerné, au point d'en être soi-même affecté.
      La pitié est une affectation, la compassion est une affection. La pitié procède du devoir (selon son sens étymologique et donc originel), la compassion naît de la conscience.

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