lundi 8 septembre 2014

La visiteuse du matin

Chaque matin, vers les sept heures, tandis que je suis assis face à la fenêtre ouverte, pianotant sur l'ordinateur, une charmante petite abeille vient se poser sur l'écran. Elle y demeure alors quelques instants, tranquille, presque sans bouger, avant de reprendre son envol. Sa visite est devenue si régulière qu'il m'arrive de m'inquiéter pour elle quand elle tarde. Elle est devenue ma compagne du matin, un peu comme une petite sœur de vie. Sans doute est-elle attirée par l'odeur de l'encens de rose que je fais parfois brûler... Mais il me plaît de penser qu'elle vient aussi un peu pour moi, d'autant plus qu'elle est toujours seule, comme si elle logeait à proximité, attendant le moment où j'ouvre la fenêtre pour se glisser à l'intérieur. Et quand elle repart, le plus gracieusement du monde, je l'imagine, volant vers le proche jardin des Tuileries pour y faire l'amour aux fleurs et son butin de pollen qu'elle déposera ensuite dans quelque ruche installée sur la terrasse d'une toiture des environs (peut-être les toits du Palais Garnier ?). Sa journée se passera ainsi jusqu'au soir, en d'incessants aller-retours. 

Quand je la vois, je pense à ces mots de Virgile en ses Géorgiques : « Poursuivant mon œuvre, je vais chanter le miel aérien, présent céleste. Je t’offrirai, à partir de tous petits êtres, un spectacle admirable. Quand le soleil d’or a mis l’hiver en fuite, et l’a relégué sous la terre, quand le ciel s’est rouvert à l’été lumineux, aussitôt les abeilles parcourent les fourrés et les bois, butinent les fleurs vermeilles et effleurent, légères, la surface des cours d’eau. Transportées alors par je ne sais quelle douceur de vivre, elles choient leurs couvées et leur nid, et façonnent avec art la cire nouvelle et composent le miel. » 

Le philosophe MicheL Onfray dit de l'abeille : « Elle porte en elle le mécanisme de l’univers : chaque abeille résume le secret du monde. » (La sagesse des abeilles - Première leçon de Démocrite, Éditions Galilée 2012)

Merci de tes visites, petite abeille de ville. Tu nous fabriques un nectar dont on dit le plus grand bien. Paris compte quelques 300 ruches pour la plupart installées sur les toits et le miel récolté est l'un des meilleurs qui soit. Même Monoprix propose le sien issu des 18 ruches installées sur les toits des magasins de Ternes et Porte de Châtillon. Les ruches du Centre Beaugrenelle produisent 500 kg de miel par an. La première récolte aura lieu ces jours-ci et sera commercialisée à raison de 6 euros par pot de 150 g.

4 commentaires:

  1. Je ne sais pas comment il faut prendre ce texte qui est charmant tout de même!
    Comment résister à la visite régulière et fidèle de la petite abeille? Mais le centre Beaugrenelle, cette usine à fric, produit du miel? Ai-je bien lu? Le pot de 150g coûte 6 euros?
    Qui sera assez bête pour acheter cela?
    Hélas! beaucoup de monde je crois! c'est tellement séduisant: le miel de Beaugrenelle, l'attraction universelle.
    Même à ce prix!
    D'ailleurs pourquoi vient-on à Beaugrenelle si ce n'est pour claquer son fric? Durement gagné certes! Mais comme après les gens ne savent plus qu'en faire, autant claquer son fric et acheter ce que tout le monde voudrait acheter, histoire de faire envie aux autres, etc... etc... cette histoire n'a pas de fin...
    Bon personnellement, si j'ai le choix, je préfère un vrai miel des Montagnes ou encore mieux d'Eucalyptus. Mais après tout chacun est libre, si il y en a qui préfère le miel de Beaugrenelle!

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  2. Concernant le consumérisme effréné de notre société marchande obsessionnelle et les temples de la consommation comme Beaugrenelle, je partage cette pensée. Loin de moi, donc, l'idée d'en faire la promotion. C'était juste une information. Cela dit, le phénomène de l'abeille dans Paris est à souligner car cet insecte immensément utile se trouve partout très très menacé, notamment à cause des pratiques culturales de l'agriculture intensive qui continue à dévaster les équilibres naturels.

    Pour les abeilles parisiennes, je conseille la lecture de la page que la Mairie de Paris consacre au sujet sur le site Paris.fr. On y peut y lire, notamment, "qu'en ville, les températures plus clémentes, la diversité des plantations, les méthodes de culture sans engrais et sans pesticides, la multiplication des espaces verts, les plantations sur les terrasses, bords de fenêtres et cours séduisent les abeilles.
    Dans les jardins, les floraisons s’étalent du printemps à l’automne et les abeilles ont de quoi butiner une bonne partie de l’année. Une abeille butine 700 fleurs par jour dans un périmètre de trois kilomètres autour de la ruche. La plupart des végétaux ne peuvent se féconder sans le butinage des abeilles."

    Certes, que des entreprises commerciales s'emparent du phénomène pour donner une plus-value à leur image est indéniable. Mais toutes ne sont pas nécessairement mues par des intentions purement mercantiles. Quant au miel de montagne, je souscris car c'est de loin mon préféré.

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  3. 1er mot du dictionnaire des symboles__
    étrange-
    Elle porte sur ses ailes ,
    le fragile parfum des fleurs,
    Ouvrière malgré tout,
    Elle va
    Entre ciel et Terre,
    Laborieuse,
    Elle s'improvise parfois,
    Pour 1 prof matinal
    L'âme sortant du corps -

    Vous êtes croyant prof ?
    Elle est l’emblème du Christ,
    et symbole de résurrection -

    Allez prof,
    Elle contemple votre éloquence, votre intelligence et votre poésie,

    Et elle s'en souviendra chaque jour,
    en butinant sans les flétrir,
    Sur les fleurs,
    L'ambroisie immortelle ____de la connaissance !

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    1. Merci pour cette belle élégie ! L'abeille s'en est retournée dans sa ruche, auprès de ses soeurs. Je l'attends pour le printemps prochain. Sa place sur l'écran est déjà prête.

      Oui, je suis croyant. Enfin, ce n'est plus vraiment le mot car je suis entré en évidence. Plus besoin de croire (et donc de douter).

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