mardi 30 septembre 2014

José Maria de Heredia : Les conquérants

José Maria de Heredia (1842-1905) est un poète appartenant au mouvement parnassien. Le Parnasse est un mouvement poétique apparu en France dans la seconde moitié du XIXe siècle qui avait pour but de valoriser l’art poétique par la retenue, l'impersonnalité et le rejet de l'engagement social et politique de l'artiste. Pour les Parnassiens, l'art n'a pas à être utile ou vertueux et son seul but est la beauté. C'est la théorie de « L'Art pour l'Art » de Théophile Gautier. Les images des poèmes de Heredia sont précises, ce billet tente d'illustrer le poème Les Conquérants par l'Art héraldique.

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,


Fatigués de porter leurs misères hautaines,

De Palos de Moguer, routiers et capitaines


Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal


Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.

 
Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
 
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

 Ou, penchés à l'avant de blanches caravelles,

Ils regardaient monter en un ciel ignoré

Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles. 
 
Notes

GERFAUT. Grand et fort oiseau de proie, de l'espèce du faucon et qui se blasonne comme lui.
d'après l'Alphabet et figures de tous les termes du blason, L.-A. Duhoux d'Argicourt - Paris, 1899.


Suivant l'armorial de Ch. d'Hozier, le gerfaut ressemble à un gallinacé.

Le blason du gerfaut ci-dessus se blasonne ainsi : de gueules, au gerfaut d'argent ayant la patte dextre levée. (Famille noble (éteinte) de La Valette-Cornusson, Auvergne)

A propos du blason de Palos de Moguer :

Deux caravelles et une nef ainsi que l'inscription « Cuna del Descubrimiento » (« berceau de la Découverte ») figurent sur le blason de Palos de Moguer (aujourd'hui Palos de la Frontera). Ce port de pêche d'Andalousie est cher au coeur de Christophe Colomb. Grâce aux franciscains du couvent voisin de La Rábida, aux Rois Catholiques et aux habitants de Palos, c'est de là qu'il a pu lever l'ancre avec la Pinta et la Niña, les deux caravelles, et la nef Santa María, pour son premier voyage vers les Indes, le 3 août 1492.


Poèmes héraldiques

Blason céleste de José-Maria de Heredia (1842-1905)
 in Les Trophées

J'ai vu parfois, ayant tout l'azur pour émail,
Les nuages d'argent et de pourpre et de cuivre, 

à l'Occident où l’œil s'éblouit à les suivre,
Peindre d'un grand blason le céleste vitrail.

Pour cimier, pour support, l'héraldique bétail,
Licorne, léopard, alérion ou guivre,
Monstres, géants captifs qu'un coup de vent délivre,
Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail.

Certes, aux champs de l'espace, en ces combats étranges
Que les noirs Séraphins livrèrent aux Archanges,
Cet écu fut gagné par un Baron du ciel ;

Comme ceux qui jadis prirent Constantinople,
Il porte, en bon croisé, qu'il soit George ou Michel
Le soleil, besant d'or, sur la mer de sinople.




Abrégé en vers des Règles du Blason
par le p. Ménestrier, de la Cie de Jésus
Le blason composé de différents émaux
N'a que quatre couleurs deux pannes, deux métaux.
Et les marques d'honneur qui suivent la naissance
Distinguent la noblesse et font sa récompense.
Or, argent, sable, azur, gueules, sinople, vair
Hermine, au naturel et la couleur de chair.

Chef, pal, bande, sautoir fasce, barre, bordure,
Chevron, pairle, orle et croix, de diverse figure
Et plusieurs autres corps nous peignent la valeur,
Sans métal sur métal, ni couleur sur couleur.
Supports, cimier, bourlet, cri de guerre, devise,
Colliers, manteaux, honneurs et marques de l'Église
Sont de l'art du blason les précieux ornements,
Dont les corps sont tirés de tous les éléments.
Les astres, les rochers, fruits, fleurs, arbres et plantes,
Et tous les animaux de formes différentes
Servent à distinguer les fiefs et les maisons,
Et des communautés composent les blasons.
De leurs termes précis énoncez les figures
Selon qu'elles seront de diverses postures.
Le blason plein échoit en partage à l'aîné,
Tout autre doit briser comme il est ordonné.

3 commentaires:

  1. Un jour je reverrai mon village natal
    Le beffroi musical, l’église un peu hautaine,
    Les bateaux sur le lac et leurs doux capitaines,
    Et la brise du soir qui n’a rien de brutal.

    De nouveaux bâtiments de verre et de métal
    Occupent à présent cette terre lointaine,
    Arborant fièrement une enseigne, une antenne,
    Et les riches couleurs du monde occidental.

    Devrai-je alors partir, de façon plus épique,
    Vers un village vierge, aux abords d’un tropique ?
    Je ne me crois point fait pour cet exil doré.

    L’aurais-je été, par contre, au temps des caravelles ?
    Ces lointains, j’aurais pu, je crois, les ignorer :
    La terre familière est pour moi la plus belle.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un jour mon pas ira dans mon pays natal,
      À la tour sonnant clair, au grand palais hautain,
      Tant de bacs sur un lac aux marins non mutins,
      Puis un autan du soir, ni trop fort, ni brutal.

      D’originaux buildings d’aluminium fatal
      Sont aujourd’hui construits au pays si lointain,
      Arborant un fanal ou un miroir sans tain,
      Plus l’abondant fatras du puissant capital.

      Faut-il alors partir aux coins inamicaux,
      Dans un trou sans intrus, aux abords tropicaux ?
      Nul attrait n’a pour moi un ban, fût-il brillant ;

      Aucun goût pour partir sur un rafiot caduc :
      Un horizon distant, au lointain fourmillant,
      N’aura pas mon amour, ainsi qu’a dit Saint Luc.

      Supprimer
  2. Bonjour Cochonfucius (cela fait un drôle d'effet d'appeler quelqu'un ainsi, je vous assure).
    Venez-vous d'écrire ce Sonnet suite à la lecture de celui de Hérédia? ou bien l'aviez-vous déjà écrit depuis longtemps?
    Il est très imagé également, en particulier le deuxième quatrain, j' y vois clairement l'architecture de notre époque et j'entends le sifflement du vent dans les "antenne(s)" et les "enseigne(s)" au sommet des "bâtiments de verre et de métal".
    La "terre lointaine" semble être dans un brouillard et encore plus loin qu'une "terre lointaine" puisqu'elle s'oppose au "présent" et à ses "riches couleurs du monde occidental".
    Bienvenue dans ce blog Cochonfucius

    RépondreSupprimer