samedi 16 août 2014

La pensée du jour : Emil Cioran (1911-1995)

Tout le secret de la vie est de se vouer aux illusions sans savoir qu'elles sont illusions. Dès qu'on les connaît comme telles, le charme est rompu.

Chacun de nous est né avec une dose de pureté, prédestinée à être corrompue par le commerce avec les hommes, par ce péché contre la solitude.


Ayant ouvert une anthologie de textes religieux, je tombe d'emblée sur ce mot du Bouddha : Aucun objet ne vaut qu'on le désire. - j'ai fermé aussitôt le livre, car, après, que lire encore ?

Le malheur est qu'un bonheur conscient n'est plus un bonheur et qu'un bonheur qui s'ignore n'en est pas un davantage.

Si en agissant nous pouvions nous voir, parcelle de matière se démenant dans l'illimité, nous arrêterions aussitôt.

Si l'on admet que c'est le diable qui gouverne le monde, tout s'explique. Par contre, si c'est Dieu qui règne, on ne comprend rien.

Obligez les hommes à s'allonger pendant des jours et des jours : les canapés réussiraient où les guerres et les slogans ont échoué. Car les opérations de l'Ennui dépassent, en efficacité, celles des armes et des idéologies.

Le seul service que nous pouvons demander aux autres, c'est de ne pas deviner à quel point nous sommes lamentables.

Les instants se suivent les uns les autres; rien ne leur prête l'illusion d'un contenu ou l'apparence d'une signification ; ils se déroulent; leur cours n'est pas le nôtre; nous en contemplons l'écoulement, prisonniers d'une perception stupide.

Les pauvres, à force de penser à l'argent, et d'y penser sans arrêt, en arrivent à perdre les avantages spirituels de la non-possession et à descendre aussi bas que les riches.

Une civilisation débute par le mythe et finit par le doute.

Plus encore que dans le poème, c'est dans l'aphorisme que le mot est dieu.

Le cheval ne sait pas qu'il est cheval. - Et puis après ? - On ne voit pas ce que l'homme a gagné à savoir qu'il est homme.

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