lundi 28 juillet 2014

Jacques A. Bertrand : Tristesse de la Balance et autres signes

Le Scorpion est méchant. Notons que le Scorpion n'est pas méchant méchamment. Il est méchant par inquiétude. Ses grands désirs et ses doutes profonds le font s'agiter dans tous les sens. À force de faire des gestes inconsidérés, on finit par faire des maladresses. Le Scorpion pique. [...] Il ne faut jamais compter sur un Gémeaux : la plus petite attention de sa part vous procurera plus de plaisir que trente ans d'amitié fidèle. [...] Le Cancer ne se penche pas sur son passé : il y plonge, il y baigne. Il ne fait pas de projets d'avenir, il fait des projets de passé. [...] Le Taureau a l'intelligence gustative. [...] Le Lion a une grande passion pour la démocratie, sauf qu'il ne comprend pas pourquoi les autres ont encore quelque chose à dire quand il a fini de parler... [...] Les réparties du Capricorne sont cinglantes. Elles lui viennent toujours le lendemain. C'est pourquoi il se met écrivain, pour pouvoir les placer... [...] La Vierge n'a pas tort. La Vierge a souvent raison, la Vierge est rapidement insupportable... [...] Le Poisson est indécis. Il se complaît exagérément à composer des préludes, comme Chopin... [...] Un Bélier et un Capricorne se regardent en chiens de faïence. Le Chien de faïence n'est pas un signe du zodiaque...

Jacques Bertrand n'est pas astrologue. Mais s'il faut ne lire qu'un livre sur l'astrologie, c'est bien celui-là. Et peu importe que l'on croit ou non aux astres, la plume de l'écrivain est toute en finesse mais fichtrement bien taillée. Derrière une apparente légèreté, presque de la désinvolture, les textes de Jacques Bertrand mettent dans le mille. L'air de rien. Un humour irrésistible et de haut vol.

En présentant son livre, il écrivait : «Je joue avec mon signe du zodiaque. Il joue très bien: il me fait plaisir, il me rassure, il me fait peur. Si les choses semblent mal tourner, je suis prêt à changer de signe. J'appartiens à mon signe du zodiaque et à quelques autres.» Il disait aussi: «Je ne crois pas avoir jamais pu apprendre quoique ce soit qui ne comportât la promesse d'un sourire.»
Couverture de l'édition illustré par le dessinateur MartinVeyron.

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