mercredi 2 avril 2014

Les gazelles


Puisqu'il est question de cinéma, que l'on me permette de dire deux trois mots sur le dernier film que j'ai vu tout récemment au cinéma.
Synopsis du film : "Marie et Eric, trentenaires en couple depuis le lycée, signent l'achat de leur premier appartement quand Marie est saisie d’un doute vertigineux. Sa rencontre avec un beau brun ténébreux va précipiter sa décision : elle quitte Eric pour plonger dans le grand bain du plaisir et de la liberté. Mais elle va surtout se manger le fond de la piscine… Et découvrir un monde sans pitié : à son âge, le célibat est vite perçu comme une tare suspecte. Eclairée par des amitiés nouvelles, Marie va apprendre à envisager son célibat comme une chance d'où elle pourrait sortir plus forte, et enfin prête à être heureuse."

 
 
Cette comédie douce-amère met en scène des femmes d'aujourd'hui, plutôt proches de la quarantaine, qui sont, dans le fond, aux prises avec elles-mêmes, dans une société éminemment brouillée, au double sens de brumeuse et conflictuelle. L'histoire commence de façon boulevardière, pour ainsi dire. On découvre une Marie en crise sans que l'on sache trop le pourquoi de cette crise. Bon, elle est en crise. Enfin, elle n'en peut plus et court s'euphoriser dans les amusements avec ses "amitiés" nouvelles, le semblable cherchant par nature le semblable. Donc, ces femmes s'amusent, du moins en ont-elles l'air ou se le donnent-elles. "Avoir l'air de" est en effet un acte de communication très dans l'air du temps. On se la joue à soi-même et aux autres. Telle est la comédie sociale. Mais tout ça est un peu forcé. Ça ne réussit pas vraiment à masquer le désespoir en toile de fond, prégnant. Il y a là un quelque chose de crispé, qui sonne faux et qui laisse un petit goût acidulé, prêt, même, à virer à l'acide. 

Ce film restitue de façon aiguë le manque d'aménité dans les relations, la voracité des individus dépourvus de sensibilité attentive et attentionnée - donc sans considération ni indulgence à l'égard d'autrui - mais par ailleurs pleins d'un sentimentalisme presque carnassier. Nous baignons en fait dans un univers où règne le plus parfait égoïsme - les personnages sont pleins d'eux-mêmes - et la plus totale volatilité des rapports intéressés, sans prévenance. On se consomme l'un l'autre et on se jette. L'amour est ici frappé d'une date de péremption, selon un calendrier rythmé par les pulsions. Là encore, nous sommes dans l'air du temps. Pourtant, ces femmes ne sont ni sottes ni méchantes. Peut-être simplement vaines. Futiles en somme. Paumées très certainement. Seul un reste de jeunesse - en déclin donc - leur confère encore un peu de piquant. Mais derrière ces ultimes soubresauts, on sent déjà poindre la flétrissure des chairs et des âmes, une voie aplanie par la sécheresse des coeurs, la flasquerie des esprits et les derniers feux d'une superbe navrée et navrante.

Annoncé comme une comédie, ce film ne fait pas vraiment rire. Je n'ai pas ri de voir mon époque, triste à pleurer, pitoyable. Violente. Il nous montre ces couples impossibles d'aujourd'hui, qui se font et se défont comme on change de chaîne. Des adultes paumés qui jouent aux grandes personnes. Et c'est là le mérite de ce film de mettre tout cela en évidence, même si ce n'était pas forcément l'intention de la réalisatrice.

Quant aux dialogues, ils pèchent par leur peu de consistance, voire une certaine vulgarité (malheureusement banale et normative), la trivialité des propos en tous les cas et dans lesquels on chercherait vainement quelque chose de transcendant. Les mots échangés (la communication buccale) évoquent plutôt les pages d'un magazine féminin estival, avec ses platitudes et ses poncifs.

Le film ne s'attarde pas sur le désespoir existentiel. On est dans le mouvement. Il est vif mais d'une vivacité qui s'apparente à un tourbillon. Pour chercher à meubler le vide ? Retenons tout de même la séquence des retrouvailles qui sonne, là, vraiment juste. Où nous avons enfin une sensibilité certaine et féconde.

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