lundi 3 mars 2014

Jean-Jacques Rousseau : Julie ou la Nouvelle Héloïse

« L'art d'interroger n'est pas si facile qu'on pense. C'est bien plus l'art des maîtres que des disciples ; il faut déjà avoir beaucoup appris de choses pour savoir demander ce qu'on ne sait pas. Le savant sait et s'enquiert, dit un proverbe indien ; mais l'ignorant ne sait pas même de quoi s'enquérir. »

Julie ou la Nouvelle Héloïse est un roman épistolaire de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) paru en 1761, un des plus grands succès de librairie de la fin du XVIIIe siècle, révélant ainsi la place faite à la sensibilité au temps des Lumières.

À travers le genre romanesque, l’œuvre baigne dans une théorie philosophique où Rousseau explore les valeurs morales d’autonomie et d’authenticité pour accorder la préférence à l’éthique de l’authenticité contre les principes moraux rationnels : n’accomplir ce qu’exige la société que conformément à ses propres « principes secrets » et aux sentiments qui constituent l’identité profonde.

Extraits
Il n'est point nécessaire de connaître le caractère des gens, mais seulement leurs intérêts, pour deviner à peu près ce qu'ils diront de chaque chose. Quand un homme parle, c'est pour ainsi dire, son habit et non pas lui qui a un sentiment, et il en changera sans façon tout aussi souvent que d'état. [...] Ainsi nul ne dit jamais ce qu'il pense, mais ce qu'il lui convient de faire penser à autrui, et le zèle apparent de la vérité n'est jamais en eux que le masque de l'intérêt.
Il y a une grande différence entre le prix que l'opinion donne aux choses et celui qu'elles ont réellement.

Je défie aucun homme sensé de contempler une heure durant le palais d'un prince et le faste qu'on y voit briller sans tomber dans la mélancolie et déplorer le sort de l'humanité.

Elle prétend que tout ce qui tient au sens et n'est pas nécessaire à la vie change de nature aussitôt qu'il tourne en habitude, qu'il cesse d'être un plaisir en devenant un besoin, que c'est à la fois une chaîne qu'on se donne et une jouissance dont on se prive, et que prévenir toujours les désirs n'est pas l'art de les contenter mais de les éteindre.

On n'aime point si l'on n'est aimé; du moins on n'aime pas longtemps. Ces passions sans retour qui font, dit-on, tant de malheureux ne sont fondées que sur les sens, si quelques unes pénètrent jusqu'à l'âme c'est par des rapports faux dont on est bientôt détrompé. L'amour sensuel ne peut se passer de la possession, et s'éteint par elle. Le véritable amour ne peut se passer du coeur, et dure autant que les rapports qui l'ont fait naître.

Il y a comme cela une poignée d'impertinents qui ne comptent qu'eux dans tout l'univers et ne valent guère la peine qu'on les compte, si ce n'est pour le mal qu'ils font.

3 commentaires:

  1. Ho really, sorry for my ignorance!

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  2. Bilan, "toute cette Lumière me Tourmente"
    La plume et la parole étaient aux hommes de génie...

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  3. In girum imus nocte et consumimur igni.

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