Signes et Symboles – l'Image des Choses – Les Choses par l'Image - Et Ailleurs aussi...

Héraldie, qui traverse sa troisième année, est un blog essentiellement consacré à l'héraldique et à la mémoire de l'École Lacordaire, dans le 15e arrondissement de Paris. Cependant, il est largement ouvert sur tous les domaines : histoire, géographie, philosophie, littérature, symbolique, logotypie, chromolithographie, vexillologie, philatélie, numismatique, sigillographie, tyrosémiophilie, tégestophilie, oenographilie... mais aussi la musique, la peinture, la sculpture et l'art en général. Ce blog a donc aussi vocation à constituer une banque d'images (environ 20 000 à ce jour) et, idéalement, un portail vers toutes ces spécialités singulières.

"The whole of heraldry and of chivalry is in courtesy." – Ralph Waldo Emerson

dimanche 20 janvier 2013

Les archers célèbres de l'Histoire

Dans la suite logique du billet sur Saint-Sébastien, patron des archers, évoquons quelques grandes figures de l'archerie, mythologiques ou historiques...
Artémis/Diane

Artémis (la Diane des Romains), la soeur d'Apollon, est la déesse chasseresse. Ce sont les cyclopes qui lui offrirent son arc d'argent et un carquois. Généralement, elle se déplace avec une meute de chiens. Un jour, Actéon, petit-fils d'Apollon, élevé par le centaure Chiron qui lui apprit l'art de la chasse, la surprit, tout à fait par hasard, en train de se baigner nue. Ce voyeurisme involontaire lui coûtera cher : afin qu'il ne puisse jamais s'en vanter, Artémis le changea en cerf et le fit mettre en pièces par sa meute de chiens.

L'Artémis de Guillaume Seignac (1870-1924)

Deux représentations contemporaines d'Artémis.

Monnaie de Syracuse sous la Ve République (212-214 av. J.C.) représentant sur une face la déesse Artémis bandant son arc et accompagnée de son chien.

Héraclès/Hercule

Héraclès archer, bronze d'Antoine Bourdelle (1861-1929)

Le roi Eurystos, trés fier de son arc, présent d'Apollon, promit d'offrir sa fille en mariage à qui le battrait au tir. C'est Héraclès qui fut vainqueur. Non seulement Eurystos refusa de tenir sa promesse mais il chassa Héraclès du palais.  Ailleurs, Hercule tua d'une flèche le centaure Nessos qui tentait de violer sa femme Déjanire.

Tétradrachme de Thasos (350 av. J.C.) représentant sur une face Héraclès bandant son arc.

Les Amazones

Les Amazones furent de farouches guerrières, cuirassées et casquées et en plus, de redoutables archères. Elles résidaient sur les rives de la Mer Noire. Longtemps tenues pour légendaires, elles correspondraient, historiquement, aux femmes guerrières des peuples nomades scythes et sarmates des steppes eurasiennes.

Couverture d'une BD, Amazones, de Jeronaton (alias Jean Torton) et affiche du film péplum La Reine des Amazones, réalisé en 1961 par Vittorio Sala.

Affiche du film Tarzan et les Amazones, d'Edgar Rice Burroughs, sorti en 1945

Hercule eut affaire aux Amazones quand il fut chargé de rapporter à Mycènes la ceinture d'Hippolyte, la reine des Amazones. Voici cette histoire, racontée par Alain Quesnel, un texte extrait de de l'album La Grèce, de la série Mythes et Légendes (Hachette 1990)...

Tandis que son navire fend les flots, Héraklès, appuyé sur sa massue, songe au travail qui l’attend. Le héros doit rapporter à Mycènes la magnifique ceinture d’Hippolyte, la reine des Amazones. Héraklès ne connaît pas la peur : il a déjà dû combattre un grand nombre de monstres et affronter bien des périls. Cependant, ce qu’il a entendu dire du peuple des Amazones l’inquiète. Il s’agit en effet de farouches guerrières, cuirassées, casquées, qui montent à cheval avec une remarquable habileté et dont l’adresse à l’arc est redoutable. De plus, la haine des hommes est chez elles si poussée qu’elles n’hésitent pas à mutiler ou à tuer leurs enfants mâles. On prétend aussi, car rares sont ceux qui les ayant vues ont pu revenir en parler, qu’elles empêchent leur sein droit de pousser afin de mieux tirer à l’arc.

Arrivé à l’embouchure du fleuve qui baigne le pays des Amazones, le héros décide de jeter l’ancre dans le premier port qu’il aperçoit. A la minute même où le navire accoste, sur les collines avoisinantes, apparaît une cavalerie impressionnante et chamarrée. Armées jusqu’aux dents, les cheveux au vent, les Amazones descendent vers le port. Héraklès se dirige vers la horde de guerrières. Parmi elles, il a tôt fait de reconnaître Hippolyte : dans son splendide costume de combat, la reine est facile à distinguer.

Autour de sa taille, le héros remarque la magnifique ceinture, présent d’Arès, le dieu de la guerre. Hippolyte a, elle aussi, remarqué Héraklès. La haute stature du colosse, sa puissante musculature ont séduit la reine. Elle a calmé l’ardeur combative de ses femmes et parle maintenant tranquillement avec le héros. Ce dernier invite Hippolyte à se reposer sur son bateau. La reine accepte et, sur le pont du vaisseau, entre en grande conversation avec Héraklès qu’elle contemple avec des yeux pleins d’amour. Pour prouver cette naissante affection, elle détache sa ceinture et en fait don au demi-dieu, le premier être de sexe masculin qui ait su lui inspirer de la tendresse. Héraklès reçoit joyeusement ce cadeau, heureux d’avoir réussi à accomplir ce travail sans le moindre combat.

Cette bonne entente déplaît à Héra qui déteste Héraklès. Elle prend donc l’apparence d’une Amazone, puis, se glissant dans les rangs des femmes de guerre, répand le bruit calomnieux que les étrangers veut enlever la reine Hippolyte. Folles de colère, les Amazones ceignent leurs cuirasses, saisissent leurs armes, enfourchent leurs montures, déferlent en hordes vociférantes en direction et agressent les sentinelles qu’Héraklès a postées. Surpris par les cris, le héros sort de sa cabine : sous ses yeux, un féroce combat oppose ses hommes aux terrifiantes Amazones. Croyant à une trahison, Héraklès tue Hippolyte puis se jette dans la mêlée. Faisant tournoyer sa terrible massue, il se fraye un chemin parmi les ennemies. Parvenu au cœur du combat, le demi-dieu à la peau de lion fait front, esquive les flèches et rend coup pour coup. Les farouches guerrières comprennent vite qu’elles n’ont pas face à elles un adversaire ordinaire. Plusieurs d’entre elles gisent sur le sol poussiéreux et un immense désarroi s’empare du reste de l’armée. Quelques Amazones prennent peur : jusqu'à présent, elles se croyaient invincibles, mais Héraklè montre durement qu’il n’en est rien. Prises de panique, elles s’enfuient au grand galop. Héraklès donne l’ordre d'appareiller. Arrivé, quelque temps plus tard, à Mycènes, il remet la ceinture à Eurysthée qui s’empresse d’en décorer le temple d’Héra.

Ce prodigieux exploit ne satisfait pas encore le poltron souverain. Il oblige Héraklès à ravir les merveilleux troupeaux de bœufs du géant Géryon que l’on dit l’homme plus fort de la terre. Malgré ses trois têtes, six mains et trois corps réunis à la taille, le monstre ne parvient pas à rattraper le héros et doit lui abandonner son bétail. En effet, il se lance à la poursuite d’Héraklès le long des côtes de l’Afrique du Nord, mais le héros passe en Europe et, pour rendre impossible la poursuite de Géryon, sépare les continents. S’arc-boutant aux rochers, Héraklès ouvre la Méditerranée à l’endroit que nous appelons détroit de Gibraltar et que les Anciens nommaient les Colonnes d’Hercule. Envoyé ensuite à la conquête des pommes du jardin des Hespérides, Héraklès les rapporte à Eurysthée. Il ne lui reste plus qu’un travail à mener à bien mais c’est le plus difficile ! Il doit descendre aux Enfers pour y capturer Cerbère, l’horrible chien à trois têtes qui garde ces sinistres lieux. Au terme d’un combat où il subit force morsures, Héraklès maîtrise l’affreux animal. Il le ramène à Eurysthée qui, terrifié par la hideuse apparence du monstre, court en tremblant se cacher dans une jarre. Ayant accompli ses douze travaux, Héraklès est enfin libre de partir par le vaste monde pour y mettre sa force et son courage au service de la justice.

Illustration de Jean Torton

La déesse égyptienne Neith

Neith est peu connue. Il s'agit pourtant d'une déesse primordiale qui conjugue de nombreuses fonctions.

Bas-relief du temple de Louxor et statuette en bronze (musée du Louvre)



Neith est la déesse maîtresse de la ville de Saïs, dans le delta du Nil. D'un caractère guerrier, elle est souvent représentée debout, coiffée d'une couronne rouge de Basse-Egypte et munie d'un arc et de flèches. Certaines conceptions la tiennent pour la mère des dieux. C'est elle qui aurait créer le monde.Outre d'être également la maîtresse du tissage, des arts domestiques et de la femme, protectrice du sommeil, des sarcophages et des vases canopes, elle commande à la destinée du Nil dont elle régit les inondations et se promène sur ses rives sans craindre les crocodiles qui s’y prélassent (illustration ci-dessus à droite). Surgie de Noun, l’Océan primordial, elle est née de sa propre volonté. Asexuée, sans partenaire masculin, elle renferme, en elle, tous les principes mâles et femelles constituant chaque élément de la nature.

Le talon d'Achille

Tout le monde connaît l'histoire d'Achille que sa mère, la Néréide Thétis, a trempé dans le Styx, en le tenant par le tendon, ce qui eu pour effet de le rendre invulnérable, cette partie du corps exceptée, devenue un point faible qui lui sera fatal, quand Pâris y décochera une flèche, lors de la guerre de Troie. Ce tir à l'arc est un des plus fameux de l'Histoire.

Pâris (Orlando Bloom) bandant son arc  (scène du film Troie réalisé en 2004 par Wolfgang Petersen.

Ulysse

En rentrant à Ithaque après vingt années de guerre et d'odyssée, Ulysse élimine tous les prétendants qui voulaient s'emparer de son royaume et de sa femme Pénélope. Il se sert de son arc qu'il est le seul à pouvoir bander.

Ulysse illustré par Jean Torton 
La Grèce, série Mythes et Légendes, Hachette 1990.

Cupidon

Cupidon est un autre archer célèbre. Fils de Vénus, il est le dieu de l'amour chez les Romains. Il est souvent représenté sous la forme d'un enfant dénudé, entre quatre et huit ans, l'air malin et espiègle, s'amusant à tirer ses flèches enchantées et ardentes dans le coeur des mortels. 


Robin des Bois

Héros archétypal du Moyen-Âge anglais, Robin des Bois est un brigand au grand cœur qui vivait caché dans la forêt de Sherwood, détroussant les riches au profit des pauvres. Son arme de prédilection est l'arc et c'est souvent ainsi que l'iconographie le représente.

Drapeau du comté anglais de Nottinghamshire

Kevin Costner (1991) et Russel Crowe (2010) dans le rôle de Robin des bois.

Guillaume tell


Héros de l'indépendance suisse, figure légendaire, Guillaume Tell s'oppose au bailli impérial de Schwyz et d'Uri, au service des Habsbourg, qui tentent de réaffirmer leur autorité sur la région. Le bailli, Hermann Gessler, fait ériger un mât surmonté de son chapeau, exigeant, pour les humilier, que les habitants le saluent comme s'il était effectivement présent. Guillaume Tell passe devant le chapeau en l'ignorant. Gessler le condamne alors à tirer un carreau d'arbalète dans une pomme posée sur la tête de son fils. Par la suite, Tell tue Gessler d'un carreau d'arbalète en plein cœur alors qu'il passait dans un chemin creux.



La légende de Dame Carcas

... selon Guillaume Besse, avocat à la Cité (version de 1645 extraite de Histoire des Antiquitez et Comtes de Carcassonne) :
. . . "Une dame sarrasine qu'on appelle dame Carcas, non pas que ce fut vraysemblablement son nom, mais pour ce qu'elle fut réputée comme la Dame et la reyne de Carcassonne, et peut-estre estoit-ce la femme de Balaach (Roi musulman de Carcassonne tué par Charlemagne), voyant ce prince mort s'introduit elle-même à la deffense de la place, devant laquelle S. Charlemagne demeura cinq ans, et à raison duquel siège, la famine s'y mit, et dit-on qu'elle y perdit tous ses soldats, et se trouva seul la deffenseresse de la ville. Mais comme elle était döuee d'un esprit aussi grand que le coeur, elle s'advisa de ce stratageme de faire paroistre aux tours de la ville des hommes de paille, chacun avec son arbaleste, et continuellement faisant le tour des murailles, elle ne cessoit de decocher des traits sur les ennemis. Et dit on de plus qu'après avoir ramasé tous les bonnets des morts, elle se monstroit icy avec un rouge, là avec un blanc, ailleurs avec un gris, ou un blû, et par les changements de bonnets de differentes couleurs, elle abusoit le camp et persuadoit sans peine aux Chrestiens que la place avoit encore bien de Soldats pour la gerder. Quoy plus ?

Se voyant après tout cela réduite à l'extrémité par le deffaut des vivres, elle fit manger à un pourceau toute une eymine de bled (mesure de blé) qui lui restoit, et à l'instant le précipita en bas des murs, en sorte qu'il se creva, et fit croire par là aux François qu'il falloit bien que la Ville fut abondament pourveuë de bleds, puiqu'on en avoit à manger jusqu'au pourceaux.
Dans un vieux Poëte (Jean Dupré en son Palais des Nobles Dames), il est parlé de cette Dame Carcas en ces termes :
Pour abreger; quand je voulus sortir 
Dame Carcas me voulut avertir,
En me disant, amy, je te suplie
Par tes écrits ne m'obmets, ne oublie
Comme par moy toute seule personne
Fut deffenduë la Cité de Carcassonne,
Dont à présent par très bonne raison
Ont pris de moy leur titre et leur blason ;
Car moindre los n'est garder de destruire 
Une forte Cité, que de la faire construire
On veut nous faire accroire sur ce propos que Charlemagne leva enfin le siège, mais Carcas voyant dessus le haut des murailles de la Ville defiler les troupes,elle sortit en mesme temps, et suivit le camp, appelant Charlemagne, de sorte que celuy le premier qui en advertit l'empereur, luy dit, Sire, Carcas te sonne, et de là, dit-on, est venu le nom de Carcassonne.

Alors elle soumit sa Ville et sa personne mesme à Charlemagne, et promit de se faire Chrestienne, et ensuite le roy entra dans Carcassonne, lequel admirant le courage de l'Amazone, voulut qu'elle demeura toujours la maistresse de la Ville, et incontinent après son baptesme, il luy donna pour espoux un Gentilhomme
d'illustre race qui suivoit l'armée appelé Roger, d'où l'on veut dire que sont descendus ces Roger Comtes de Carcassonne de qui nous avons à parler dans la suite."





À l'entrée du pont-levis, le buste de Dame Carcas accueille (ou surveille) les visiteurs. Il s'agit d'une réplique. L'original, datant du XVIe siècle, est conservé au château.










Les champions olympiques de tir à l'arc, des Jeux de Londres 2012, sont deux Coréens : Oh-Jin-Hyek pour les messieurs et Ki-Bo-Bae pour les dames.

2 commentaires:

  1. Parmi les femmes archers on peut ajouter la légendaire Dame Carcas qui défendit sa ville contre Charlemagne. Ce personnage imaginaire semble sur ce point inspiré de figures de la mythologie antique telles qu'Artémis/Diane ou des Amazones.

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  2. Merci de nous faire découvrir ce personnage inédit pour beaucoup de personnes. J'en profite pour compléter le billet.

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