jeudi 11 octobre 2012

L’égalité dans l’enseignement

   L’égalité dans l’enseignement ne peut consister qu’à créer des conditions d’accès aux études dans lesquelles chacun réussirait en fonction de ses seules facultés intellectuelles réelles, et non de son milieu social.
   Cela ne signifie pas que tous les hommes ont les mêmes facultés intellectuelles réelles. L’enfant né dans un milieu porteur ne doit pas être favorisé s’il est médiocre — et pour cela nous avons besoin d’un enseignement sévère et sélectif. L’enfant né dans une famille sans moyens et sans culture ne doit pas être privé d’études de haut niveau s’il est intelligent — et pour cela aussi nous avons besoin d’un enseignement sévère et sélectif, apte à détecter les dons, au lieu de les réprimer en les empêchant d’émerger et en les maintenant au niveau des plus mauvais élèves.

   Cette dernière conception de l’égalité aboutit au pire tort que l’on puisse faire aux élèves défavorisés par leur milieu : leur infliger à l’école un second milieu défavorisant !

   Sous prétexte qu’ils vivent dans un entourage qui asphyxie l’activité intellectuelle, on leur fournit en classe une cargaison supplémentaire d’éteignoirs ! Voilà qui est fortement pensé.

   Ce système pédagogique anéantit la grande fonction historique de l’école, sa véritable vocation démocratique, qui est de corriger les inégalités sociales par les inégalités intellectuelles. L’idéologie qui l’anime postule l’égalité et l’identité de tous les êtres humains. Seules les inégalités sociales expliqueraient les inégalités de réussite dans les études. Comme l’expérience ne confirme pas ce postulat, il faut la contraindre à le faire, en organisant l’échec généralisé, qui fait office de purgatoire permettant d’atteindre le nirvana de l’égalité intellectuelle totale.

   Ce postulat antiscientifique engendre en fait l’école la plus réactionnaire qui soit, car seuls les enfants de milieux porteurs ont les moyens matériels et les relations nécessaires pour trouver, hors d’un enseignement stérile, la formation que cet enseignement ne leur fournit plus. La prétendue matrice de la justice accouche de la suprême injustice. »

Jean-François Revel, La connaissance inutile (Hachette Littérature - Collection Pluriel 1990)

Philosophe, écrivain et journaliste français,
membre de l'Académie de 1997 à 2006

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