samedi 6 octobre 2012

De l'orthographe

   L'orthographe s'acquiert, implicitement et essentiellement, par une pratique courante et soutenue de la lecture (non seulement à l'école mais aussi à la maison, en vacances...) et de manière plus pointue par la dictée (surtout préparée) et son équivalent oral qu'est la récitation de mémoire ; elle s'acquiert évidemment aussi, explicitement, par l'étude des règles suivie d'exercices systématiques. On sait écrire un mot à force de l'avoir vu et revu au cours des lectures (orthographe d'usage) mais on sait l'accorder parce qu'on a appris à le faire (orthographe grammaticale). Idem pour la syntaxe.
   La justesse orthographique, lexicale et syntaxique d'un texte témoigne d'une rigueur dans la pratique de la langue et conditionne la structuration de la pensée. L'enjeu est de taille. L'à-peu-près ne produisant que de l'à-peu-près, le ramollissement des exigences induit par la massification de l'école et l'idéologie égalitariste appliquée de force à une réalité rétive n'aura finalement profité à personne, et encore moins à ceux qui devaient en être les bénéficiaires.

   Il faut savoir que certaines réformes passées ont plus que relativisé l'enseignement systématique et structuré de l'orthographe-grammaire (dont la conjugaison) et que les enseignants qui s'obstinaient dans ces pratiques considérées comme dépassées, antipédagogiques, voire « néfastes », se sont vus indexés et déconsidérés par leur hiérarchie. Sans cesse déstabilisée par les réformes successives qui ont fait table rase des « bonnes-vieilles-méthodes-qui-ont-fait-leurs-preuves », l'école a perdu le Nord et se cherche aujourd'hui un nouvel équilibre.

   Cela dit, le contexte sociétal actuel ne plaide guère en faveur d'un recadrage salutaire, même si au demeurant l'opinion publique est plutôt favorable à un «machines arrières toutes». En effet, il s'agit de communiquer toujours plus vite. Or, à force de tout expédier dans la hâte, on finit par être expéditif et donc approximatif. Dans une telle logique, le texte construit, mûrement réfléchi fait office de pratique impotente.

   On a voulu une école ouverte sur le monde, en phase avec son époque (comme si les élèves et les enseignants n'en sortaient pas !) et on a finalement brisé un sanctuaire qui permettait de prendre du recul pour mieux voir, du temps pour mieux asseoir les connaissances, par des méthodes dont on sait qu'elles firent fonctionner l'ascenseur social. Mais il ne s'agit pas d'idéaliser une époque pour mieux stigmatiser la nôtre car rien n'est aussi tranché. Cependant, le mieux est souvent l'ennemi du bien.

   A l'heure de la télécommande et du zapping, de l'information « en temps réel » et du « tout tout de suite », les apprentissages qui exigent du temps et de la rigueur semblent appartenir à un autre temps, peut-être celui du rythme immuable des saisons...

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