samedi 26 mai 2012

Hymne au soleil

Pour saluer le beau temps et la proche venue de l'été, voici deux poèmes qui furent composés à plus de 3000 ans de distance...

 Rosace dessinée par Elisabeth C. (2008)

Hymne au Soleil

Tu te lèves beau dans l'horizon du ciel,
Soleil vivant, qui vis depuis l'origine.
Tu resplendis dans l'horizon de l'Est,
Tu as rempli tout pays de ta beauté.
Tu es beau, grand, brillant. 

Tu t'élèves au dessus de tout pays.
Tes rayons embrassent les pays, jusqu'aux confins de ta création.
Toi qui es Rê, tu les soumets tout entiers,
Les liants tous pour ton fils aimé.
Tu es loin, mais tes rayons sont sur la terre.
Tu es sur le visage des hommes, et l'on ne connaît pas tes venues.
Quand tu reposes à l'Occident, sous l'horizon, tu illumines, toi le soleil ;
Dans le jour tu chasses le noir lorsque tu donnes tes rayons.
Les Deux Pays s'éveillent en fête, les hommes se lèvent sur leurs pieds,
A cause de toi, ils lavent leurs corps, prennent 

leurs vêtements ;
Leurs bras s'ouvrent pour adorer ton lever,
La terre entière fait son ouvrage...
Tu développes le germe dans les femmes
Et de la semence fais des hommes,
Entretenant le fils dans le sein de sa mère,
Et l'apaisant pour qu'il ne pleure pas ;
Nourrice dans le sein,
Tu donnes à ce que tu crées le souffle qui l'anime.
Quand l'enfant sort du sein... le jour de sa naissance,
Tu ouvres sa bouche et tu pourvois à ses besoins...
Combien nombreuses sont tes œuvres, mystérieuses à nos yeux !
Seul dieu, toi qui n'as pas de semblable,
Tu as créé la terre selon ton coeur, alors que tu étais seul,
Les hommes, toutes les bêtes domestiques et sauvages,
Tout ce qui est sur la terre et marche sur ses pieds,
Tout ce qui est dans le ciel et vole de ses ailes ;
Les pays étrangers, Syrie et Nubie, et la terre d'Egypte,
Tu as mis chaque homme à sa place
Et tu pourvois à leurs besoins.
A chacun sa provende et son temps de vie.
Leurs langues sont diverses en paroles,
Leurs caractères aussi et leur teint diffère ;
Tu as distingué les contrées.
Tu crées le Nil débordant des Enfer et le fais surgir par amour
Pour que vivent les habitants, puisque tu les as faits pour toi,
Tous les pays lointains, tu les fais vivre,
Tu leur as donné un Nil qui déborde du ciel
Pour descendre sur eux, battre les coteaux de ses ondées
Et arroser leurs champs entre leurs villages.
Tu es seul à resplendir sous tes aspects de soleil vivant ;
Que tu apparaisses à peine ou que tu sois au comble de l'éclat,
Que tu sois loin ou te rapproches,
Tu as créé des millions de formes de toi seul,
Villes et villages, les champs, les chemins et le fleuve...
Les êtres de la terre se forment sous ta main comme tu les as voulus.
Tu resplendis, et ils vivent ; tu te couches et ils meurent.
Toi, tu as la durée de la vie par toi-même, on vit de toi.
Les yeux sont sur ta beauté jusqu'à ce que tu te couches.
Depuis que tu as fondé la terre, tu les élèves pour ton fils,
Issu de ta chair, le roi des deux Egyptes.


Extrait de l'Hymne au soleil d'Akhénaton


Fils d'Aménophis III et de Tiy, Aménophis IV monte sur le trône à l'âge de 15 ans, vers 1370 avant JC. Jusqu'en l'An IV de son règne, le jeune pharaon continue à honorer les dieux du Panthéon traditionnel. Mais lassé par la suprématie du clergé d'Amon, il impose bientôt Aton (le dieu au disque solaire) comme seul Dieu.


Hymne au Soleil

Soleil ! dispensateur de la vie éphémère,
Flambeau mystérieux des sombres infinis,
Creuset inépuisable ou fuse la lumière,
Toi par qui tout commence et meurt, – je te bénis !

Des siècles a passé la cohorte éperdue,
Feuilles qu’un souffle chasse en épars tourbillons,
Et tu verses encor par delà l’étendue,
Monarque de l’azur, ta gloire et tes rayons.

Dans leurs cercles étroits s’agitent les planètes
Que fascine l’éclat de tes lourdes splendeurs ;
Elles sont ta poussière, et c’est toi qui les jettes
Et les tiens en suspens au bord des profondeurs.

Et pendant que Véga sur sa Lyre étoilée
Charme de ses accords les espaces sans fond,
Et pendant qu’Altaïr prend sa fière envolée
Dans la blancheur que par milliards les globes font ;

Pendant que Sirius, de son éclat multiple,
Brille, dans le lointain, sur nos pâles hivers,
Toi, Soleil, à la fois le maître et le disciple,
Tu vas draper l’aurore aux murs de l’univers.

Chacun de tes rayons est un faisceau de vie,
Chacun de tes rayons est une âme qui naît :
Ta flamme crée, elle ranime ou vivifie
Et c’est par toi qu’on pense et c’est par toi qu’on est.

C’est par toi que le coeur humain bat et qu’il aime,
Coeur du monde, qui fait dans les mondes germer
Les blés aux cheveux d’or, les aubes au front blême,
Tous ces divins décors qui nous disent d’aimer.

C’est par toi que l’espoir, comme un vin vieux, crépite
Et que la liberté mousse dans nos cerveaux,
Soleil; et c’est par toi que l’on se précipite
Aveuglément, jouet du sort, vers les tombeaux.

Car de vivre sans trêve au sein de ta lumière,
D’aspirer constamment vers ton divin foyer,
L’âme ne peut rester loin de toi prisonnière
Elle s’élance – et dans ton sein va se noyer.

Je te bénis, toi qui demeures quand tout passe !
Je te bénis, miroir de la Divinité !
Incessamment, transporte aux confins des espaces
L’amour de Sa Grandeur, l’amour de Sa Clarté.

Germain Beaulieu (1870 - 1944) Avocat, poète, essayiste, homme de science canadien.


 Germain Beaulieu en 1900
(dessin au crayon d'Albert Ferland)


Ces deux poèmes sont surprenants à notre époque où le soleil est considéré comme une étoile parmi tant d'autres, un point c'est tout.

Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est une étoile du système solaire, notre système planétaire. Autour de lui gravitent la Terre, sept autres planètes, trois planètes naines, des astéroïdes, des météoroïdes, des comètes et de la poussière interstellaire. Le Soleil représente à lui seul 99,86 % de la masse du système solaire ainsi constitué (Jupiter représente presque tout le reste). L’énergie solaire, transmise par ensoleillement, rend possible la vie sur Terre par apport de chaleur et de lumière, permettant la présence d’eau à l’état liquide et la photosynthèse des végétaux. Le rayonnement du Soleil est aussi responsable des climats et de la plupart des phénomènes météorologiques observés sur notre planète.

La densité thermique à la surface de la Terre est à 99,98 % d’origine solaire. Les 0,02 % restants proviennent de la chaleur issue de la Terre elle-même.

Le Soleil fait partie d’une galaxie constituée de matière interstellaire et d’environ deux cents milliards d’étoiles : la Voie lactée. Il se situe à 15 parsecs du plan équatorial du disque, et est distant de 8 600 parsecs (environ 25 000 années-lumière) du centre galactique.

Le demi-grand axe de l’orbite de la Terre autour du Soleil, 149 597 870 km, est la définition originale de l’unité astronomique (ua). Il faut 8 mn pour que la lumière du soleil parvienne jusqu’à la Terre.

Le symbole astronomique et astrologique du Soleil est un cercle avec un point en son centre.
Le soleil est un symbole très puissant pour les hommes. Il occupe une place dominante dans chaque culture.
D’une façon générale, il est un principe masculin, actif. Toutefois, certains peuples nomades d’Asie centrale le considéraient comme un principe féminin (la Mère soleil) ; c’est aussi le cas des Japonais, pour qui le Soleil est le kami Amaterasu, la dame soleil, épouse du seigneur Lune. Même dans la langue allemande le soleil est féminin selon son article (die Sonne). Dans la mythologie nordique, les enfants de Mundilfari et Glaur sont Sol (déesse du Soleil) et Máni (dieu de la Lune), une idée que J. R. R. Tolkien a importée dans son œuvre.

Souvent, le Soleil représente le pouvoir. Cet astre donne la vie. Si le Soleil venait à disparaître, ou même si ses rayons ne nous parvenaient plus, la vie s’éteindrait sur Terre, d’où le symbole de vie (donneur de vie).

Dans l’Égypte antique, Râ (ou Rê) est le dieu Soleil (il était l’un des dieux les plus importants, voire le plus important) et Akhénaton en fera son dieu unique sous le nom d’Aton. Dans le Panthéon grec c’est Apollon, fils de Zeus et de la titane Léto. Citons aussi Hélios qui est la personnification du Soleil lui-même. Les Aztèques l’appelaient Huitzilopochtli, dieu du Soleil et de la guerre, le maître du monde. S’il n’est pas associé à un dieu, des gens l’ont associé à eux-mêmes comme le roi de France Louis XIV surnommé le Roi-Soleil (couronné de Dieu). La famille impériale japonaise se targue de descendre d’Amaterasu, déesse du Soleil.

En alchimie, le symbole du Soleil et de l’or est un cercle avec un point au centre : il représente l’intérieur avec tout ce qui gravite autour. En astronomie comme en astrologie, le symbole est le même.

Contrairement à l’apparence le plus souvent positive du soleil, il peut aussi constituer un symbole de la torture et la dureté de la vie pour l’être humain qui lui est en proie sans protection, comme par exemple dans L’étranger d’Albert Camus.
 Pierrette Colas

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