Signes et Symboles – l'Image des Choses – Les Choses par l'Image - Et Ailleurs aussi...

Héraldie, qui traverse sa troisième année, est un blog essentiellement consacré à l'héraldique et à la mémoire de l'École Lacordaire, dans le 15e arrondissement de Paris. Cependant, il est largement ouvert sur tous les domaines : histoire, géographie, philosophie, littérature, symbolique, logotypie, chromolithographie, vexillologie, philatélie, numismatique, sigillographie, tyrosémiophilie, tégestophilie, oenographilie... mais aussi la musique, la peinture, la sculpture et l'art en général. Ce blog a donc aussi vocation à constituer une banque d'images (environ 25 000 à ce jour) et, idéalement, un portail vers toutes ces spécialités singulières.

"The whole of heraldry and of chivalry is in courtesy." – Ralph Waldo Emerson

vendredi 28 novembre 2014

Fin d'Ophélie


Muse à la voix blême,
Chante tes adieux
Dans les chrysanthèmes.

Chante pour les dieux
Du ciel d’amarante,
Mais pas pour mes yeux.

La nuit transparente
Transforme un tombeau
En chair fulgurante ;

Les astres sont beaux,
La lune est humaine
Autant qu’un corbeau.

Ton cœur se promène
Vers les eaux, là-bas,
Toute une semaine ;


Et je n’y vais pas. 

Muse de romance
Cueille le jasmin
Dans le parc immense,

Au bord du chemin,
Au cœur des prairies,
Parfume tes mains

De ces fleurs meurtries ;
Tu n’as pas sommeil,
Chante l’insomnie,

Attends le soleil :
Sainte-Catherine
Te l’offre vermeil,

Ô muse chagrine.

Ci-dessus, Ophélia (détail) de John Everett Millais (1829-1896)
Illustration d'en-tête de Theodor Von der Beek (1838-1921)

Les amours dérivées


Se lève enfin le voile de Lilith
Dont on sait les mensonges
Car la clef de l'obscur mythe
Fut donnée par la voie des songes.

Voici l'oracle trop longuement tu
Qui annonce ce qui adviendra
En ces temps sans retenue
Que nulle raison ne contiendra.

J'ai vu deux cœurs arc-boutés
Sur une grève de galets tranchants
Qui à l'aube se voient déroutés
Par le reflux de l'horizon changeant.

J'ai vu deux regards incrustés
Dans les orbites du jour ensablé
Qui par leurs cernes sont lestés
Au vide du lendemain accablé.

J'ai vu deux bouches écrasées
Par froid revers de lèvres
Qui ailleurs se sont embrassées
Dans une aura d'étrange fièvre.

J'ai vu deux mains ouvertes
En calice de feinte passion
Qui dans l'ombre se sont offertes
En croisée d'impossible évasion.

Jamais les amours trompeurs
Nés sous les idoles d'or
Ne se libèrent de la torpeur
Des matins sans aurore.

Ainsi sombrent les amours dérivées
Que les desseins troubles égarent
Sur les chemins torves et déviés
De ceux qui avancent sans égards.

Ainsi errent les âmes sans scrupule
Que bientôt l'ombre et la poussière
Emportent vers leur crépuscule,
Là où se meurt toute lumière.

Les meules du temps souverain
Dont on entend le grincement,
Tandis que la pénombre étreint,
Tournent lentement mais sûrement.

Ainsi périssent les amours vénales
Promises à des lendemains illusoires
Et se tissent les destinées fatales
Où rien jamais ne peut s'asseoir.

Soufflent les vents de solitude
Et s'éteignent les râles du désir ;
Voici venir les temps de servitude
Par pleines coupes de déplaisir.

Illustration d'en-tête : René Magritte (1898-1967), Les amants ,1928

L'imagination

En quittant le monde de la réalité,
L'esprit de l'homme se plaît à vagabonder.
L'image incertaine de lieux familiers
Surgit alors d'un souvenir hésitant, et

L'imagination lui propose des visions
Irréelles de paysages envoûtants. Mais
Parfois, aux heures sombres, il est la proie des
Cauchemars hallucinants de bêtes, de lions...

L'inquiétude naturelle de l'homme le
Lance à la recherche de la vraie vie dont il
Se peut que le songe lui offre de subtiles

Images. Le rêve s'épanche bien souvent
Dans la vie réelle au point de constituer le
Centre vivant et mystérieux de l'existence.


jeudi 27 novembre 2014

Il est des jours, il est des nuits


Il est des jours, il est des nuits,
Où j'ai besoin de faire le vide,
D'échapper au mortel ennui
Que m'inspire ce monde avide.

Il est des matins de grisaille
Où de tout ou rien je n'ai cure ;
Où, le soir après le travail,
Je hâte mon pas et force l'allure.
Il me semble que tout se vaut ;
Vains le nécessaire et l'utile !
Foin de tout, du vrai et du faux !
Rires et pleurs sont autant futiles !

J'ai tant peur de ce souffle froid
Qui glace mon âme, serre mon cœur.
Comme je me sens si seule parfois !
L'Ami, ne pars pas et demeure !

L'Exposition Universelle de 1900


En juin dernier, Tessa nous avait fait un bel exposé en vidéo-projection sur l'Exposition Universelle de 1900 et dont nous publions enfin les images. Je saisis l'occasion pour remercier Tessa pour sa collaboration très efficace et indéfectible, notamment en ce qui concerne le travail accompli en héraldique, et plus précisément dans la recherche thématiques de blasons et de leur remise en couleur.

mercredi 26 novembre 2014

Le blason de Louis R. de la 4e2

Parti de sable et d'argent à l'étoile de l'un en l'autre et accostée de deux épées inversées de l'un à l'autre.

Le blason de Guillaume C. de la 4e3

D'argent à la barre de sable chargée du signe du Bélier du champ.

Le blason de Raphaël D. de la 4e3

De gueules au chef d'azur, un lion passant d'or, allumé, langué et armé d'argent brochant sur le tout.

Le blason de Anne-Clémence B. de la 4e3

De gueules à la licorne saillante d'argent, au chef de pourpre chargé de trois fleurs de lys d'or.

Le blason de Hélène S. de la 4e2

Écartelé d'or à l'écureuil de gueules et d'azur aux trois étoiles d'or.

mardi 25 novembre 2014

Barde, ne me chante plus


Barde, ne me chante plus les bravoures de jadis 
Où l'on vit tomber tant d'hommes dans la fleur de l'âge, 
Laissant veuves éplorées boire à l'amère calice 
Et orphelins jetés en cruel mûrissage. 

Ne me chante pas davantage les sombres exploits 
De ce temps nôtre qui est de très vile folie 
Et dont les œuvres sont du plus mauvais aloi ; 
Où chaque jour la simple raison se voit abolie. 

Tromperie et trahison sont les fruits putrides 
De ce bas monde désaxé soumis au Veau d'or 
Incarné dans ce papier qu'on dit inodore. 

L'on tue, l'on détruit et rend les peuples apatrides 
Pour se bien servir et jouir telles des bêtes immondes. 
Ô barde, ne me chante plus la noirceur du monde !

Barde et moniale


Une nonne a séduit Papillon de Lasphrise ;
Or le voilà rimant au nom de ses beaux yeux.
« Rhapsode, oses-tu être ici jaloux de Dieu ?
Il est vrai que la dame a des formes exquises;  

Eusses-tu entendu, pourtant, comme Moïse,
Un buisson te parlant au nom des lois des cieux,
Tu n’aurais point formé d’aussi profanes vœux !
Prends donc garde à l’échec d’une telle entreprise. »  

– « Mais le ciel sans ses yeux ne me serait plus rien ;
Le beau se ternirait, nul goût n’aurait le bien,
Indifférent serait de trouver honte ou gloire.  

C’est donc là tout le sens de ma supplication ;
Et si la belle entend ma douce invocation,
Je prie le charpentier qu’elle veuille m’en croire. »
 

lundi 24 novembre 2014

Héraldie


L'Ami, j'ai retrouvé, glissé dans un livre, 
Ce tien sonnet composé un jour d'allégresse. 
Tu l'y avais enfermé, je l'en délivre. 
Il est d'heureuse mémoire, j'en suis la porteresse. 

Vois comme Héraldie est entrée en Poésie, 
Sans pourtant déchoir de sa vocation première ; 
Nobles blasons y peuvent côtoyer fantaisies ;
L'érudition n'en exclut point l'âme fablière. 

Combien me plaît de pouvoir écrire tant de choses, 
De lire des uns les vers et des autres la prose ! 
D'enrichir chaque jour notre beau recueil d'images. 

Je salue penseurs et poètes qui ont demeure 
En ce lieu ouvert auquel ils font grand honneur,
Et tous nos amis lecteurs qui sont de passage. 

dimanche 23 novembre 2014

La Philosophia Perennis de Notre-Dame de Paris


Le pilier trumeau de Notre-Dame de Paris, 
Celui-là qui partage en deux la baie d'entrée, 
Comporte un médaillon de belle allégorie : 
En place d'honneur, l'alchimie s'y trouve figurée. 

Elle a forme d'une femme dont le front touche les nues. 
Assise sur un trône, elle tient le sceptre royal 
Dans sa main gauche, insigne partout reconnu 
De souveraineté depuis le temps féodal, 

Tandis que sa main droite supporte deux livres : 
L'un fermé, qui symbolise l'ésotérisme 
- Le savoir qu'aux seuls initiés on délivre - 
L'autre ouvert, qui symbolise l'exotérisme. 

Maintenue entre ses genoux et appuyée 
Contre sa poitrine se dresse, bien levée, l'échelle 
Dite scala philosophorum à neuf degrés, 
Le compte des étapes que doivent franchir les fidèles.
 

La Philosophia Perennis, c'est la Philosophie Éternelle, qui traverse toutes les religions et qu'elle transcende, car irréductible par essence.
Il convient de préciser que le célèbre médaillon  sur le trumeau du portail central de Notre Dame de Paris, ci-contre, ne date pas des origines de la cathédrale. En fait, il s'agit d'un ajout tardif du 19e siècle par Viollet-le-Duc (1814-1879), le grand restaurateur des constructions médiévales. C'est lui-même qui ajouta cette figure lors de la restauration de Notre-Dame, entreprise en 1845.

Petit déjeuner à la fraise des bois


Je me réjouis de sortir enfin du buffet 
L'unique pot de confiture de ces fraises des bois 
Que nous cueillîmes, l'été dernier, en cette forêt 
Où nous surprîmes, étonnés, la biche aux abois. 

C'était quelque part dans les lointaines Vosges du Nord, 
Au creux d'une petite vallée où coule un ruisseau 
Bordé, tout le long, d'aspérules et d'hellébores. 
Nous en remplîmes, je crois, presqu'un demi-boisseau. 

J'en étalerai sur ce bon pain au levain 
Que hier nous rapportâmes du terroir angevin. 
J'en aurai la bouche barbouillée et plein les doigts ! 

J'aime ainsi me laisser aller en ma chaumine ; 
J'en rirai, toi tu me traiteras de gamine. 
Hé ! de le pouvoir être encore, je te le dois !


La vie est une tartine



Lorsque j’étais marmot, j’aimais la confiture ;
J’aimais la quantité plus que la qualité,
Je pensais que c’était très bon pour ma santé.
Puis-je me pardonner cette désinvolture ? 

Or, le sucre et les fruits viennent de la nature,
Et le fruit est ce dont Dieu a voulu tenter
Le couple dont, je crois, vient notre parenté ;
Par quoi l’on voit que Dieu commet des forfaitures. 

Car, s’il eût tenté Eve avec de la moutarde,
Elle eût pu réfuter la logique bâtarde
Dont le méchant serpent farcissait son propos. 

Ainsi n’aurions besoin de nulle friandise
Et pourrions subsister sans nulle gourmandise,
Ayant notre désir, pour toujours, en repos.


samedi 22 novembre 2014

Celtic Mystique : The Foggy Dew

Fleur vagabonde

Était-ce parce que je m'étais parfumée plus qu'à l'ordinaire ? (j'ai parfois le doigt lourd sur le diffuseur !) Un jour – c'était au cours de l'été dernier, en Anjou, lors d'une promenade dans une prairie - un joli papillon, genre paon du jour, s'était posé sur moi. Peu farouche, l'aimable lépidoptère avait même consenti à monter sur le doigt que je lui tendis. Quel étonnement ! J'osais à peine bouger, voulant prolonger la magie du moment. Le bougre comptait sans doute me butiner... Du reste, on est toujours flattée d'être prise pour une fleur. Bon, il a tout de même fini par comprendre sa méprise et s'est envolé pour tenter sa chance ailleurs. Au revoir gentil papillon, que Jules Renard qualifia de fleur vagabonde ; et comme l'écrivit Claudel : «Même pour le simple envol d'un papillon, tout le ciel est nécessaire.» Tout le ciel... Il m'avait fait penser aux moineaux du parvis de Notre-Dame, qui viennent picorer dans votre main sans l'ombre d'une crainte. Le jour, me dis-je en moi-même, où les animaux sauvages n'auront plus la crainte des hommes, nous serons montés en humanité et aurons atteint la civilisation... 

 Le papillon

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté!
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté!


Alphonse de Lamartine (1790-1869) 

Hommage fraternel


L'Amie, entends, toi qui dès le commencement 
Fut à mes côtés sur les chemins d'Héraldie, 
Ce nôtre royaume où tant de jaillissements 
Nous ont conduits en vert Pays de Poésie, 

Je te veux rendre, en ce lieu même, un hommage. 
Ma sœur d'armes, dont je sais la noblesse de cœur,
Fidèle toujours, armée de patience, de courage, 
De bonne et vraie présence : que l'amitié demeure ! 

Tu portes, taillé d'or au papillon diapré,
D'azur à la clef de tanné posée en pal
C'est de ton solide vaisseau le mât de beaupré. 

L'Amie, cette clef levée ouvre plus d'une serrure ; 
Elle est, de ton mystère, le signe archétypal 
Et de ton esprit ouvert la plus belle parure.

Pastorale bacchique


Sous la ligne bleue des Vosges, au creux d'un vallon 
Qui s'ouvre grand sur la plaine de ma vieille Alsace, 
Est un cloître séculaire et secret jalon 
Où j'aime à poser mes pieds las et ma besace. 

Le lieu saint est d'excellente hospitalité ; 
Les moines y sont fort enjoués, point trop mystiques, 
Mais de bonne rencontre et de franche cordialité, 
Disciples de Bacchus et princes de la barrique. 

Bien plus que des frères, je les tiens pour proches parents. 
L'on y peut boire un vin blanc presque transparent, 
Frais comme une eau de source et servi dans une cruche. 

Après une courte oraison au bon Saint Morand, 
Moine de Cluny devenu patron des vignerons, 
Je repars dans le monde et ses chemins d'embûches.

Héraldique américaine : l'Illinois


L'Illinois est un État du Mid-Ouest des États-Unis. Le nom de l'État vient de l'algonquin « guerriers, hommes courageux ». L'Illinois a été le 21e État admis dans l'Union, le 3 décembre 1818. Il appartenait auparavant au Territoire du Nord-Ouest. Il est bordé au nord-est par le lac Michigan. Les États voisins sont le Wisconsin au nord, l'Iowa et le Missouri à l'ouest, le Kentucky au sud et l'Indiana à l'est. Au nord-est de l'État se trouve la ville de Chicago, la troisième des États-Unis, qui concentre à elle seule plus du cinquième de la population totale de l'État. La capitale de l' État est Springfield.

vendredi 21 novembre 2014

La mer revient toujours au rivage

"Qui sait où vont les courants marins de la Toile ? Leurs rivages sont invisibles."


                          Ils vont où soufflent les vents, par le vaste globe, 
                          Avant de s'en revenir, chargés de soupirs 
                          Que le malicieux Éole partout dérobe 
                          Pour les ensuite semer dans l'air que l'on inspire.  

                          C'est ainsi, la mer revient toujours au rivage ; 
                          De ce qui advient il n'est rien qui ne soit dû. 
                          Le temps qui patine est le même qui ravage ; 
                          Le bien autant que le mal, tout nous est rendu. 

                          L'on croit marcher droit mais la terre est ronde ; 
                          L'on est plein de soi mais l'indifférence abonde. 
                          Qui demain saura encore que l'on a existé ? 

                          Pauvre mortel, de l'être tu n'es que l'ébauche ! 
                          De ce monde, ses plates vanités et viles débauches, 
                          Sauve-toi et jamais ne cesse de lui résister.

Bouteille à la mer


     Chaque mot confié à la Toile,
     C'est une bouteille à la mer
     Qui suivra sa bonne étoile
     Jusqu'à ce qu'une main l'enserre.

     À moins qu'elle ne se fracasse
     Contre un écueil à fleur d'eau
     Ou quelque vilaine carcasse
     Qui jadis fut un bateau.



Tous ces mots chaque jour semés,
Finiront-ils dans l'abysse ?
Toutes ces paroles déclamées,
N'est-ce là que vain édifice ?

L'Ami, il me plaît de croire
Que les mots qu'emporte la lame
Se donneront un jour à boire
Dans le creux de ta belle âme.

Coupé ondé, en 1 d'azur cantonné en chef à dextre d'une étoile à huit rais d'or ; en 2 de sinople à la fasce ondée d'argent ; une bouteille d'argent posée en barre brochant sur la partition.

jeudi 20 novembre 2014

Tibet autonome

Le drapeau du Tibet est sans conteste l'un des plus remarquables, tant par son apparence que par sa richesse symbolique...

Une pincée de soi

Me voici encore assise au fond de la nuit, la fenêtre grande ouverte sur la cité frileuse et engourdie, cherchant les mots d'une lettre dont tu sais déjà tout. Il est en moi des choses si indicibles qu'aucun mot ne trouverait à les vêtir ; des choses si profondément enfouies qu'aucun mot ne les saurait puiser ; des choses parfois si lourdes aussi, qu'aucun mot ne les pourrait porter. Je lis les poètes, mes amis contemporains de l'autre temps ; je parcours leurs vers comme l'on marche dans les sillons d'une terre mille fois labourée mais pleine, toujours, de la promesse des moissons nouvelles. Odes et sonnets me sont d'agréable lecture ; l'on y trouve la juste mesure, telle une jointée d'eau fraîche que l'on boit en offrande à soi ; tel un morceau de pain que l'on garde longtemps en bouche pour en tirer toute la saveur des anciens jours. L'Ami, il y a longtemps que j'ai éteint l'écran de fumée cathodique qui déverse dans l'âme les mots désossés d'une vaine faconde, telles les bouches du métro qui rejette les foules maussades dans les artères décolorées de la cité, les matins blêmes et les soirs gris. Certains jours, les sourires béats me semblent comme des grimaces posthumes moulées dans une cire mille fois refondue, une sorte de contentement discount que l'on aurait distribué à la louche à la foire aux mirages. D'autres jours, l'empathie me submerge et je me désole alors de mon impuissance à panser les plaies de l'humaine condition. Entre la compassion pour l'autre et l'attention à soi s'insinue parfois une sorte d'indifférence raisonnée, un minimalisme concédé à la conscience pour faire amende honorable, une moyenne de soi-même dont on serait aussi l'hologramme ; assez, du moins, pour faire diversion. Cette platitude est d'autant plus aisée à mettre en œuvre que le monde bat désormais au rythme des écrans plats. Une pincée de soi-même lui suffit, n'ayant que faire du reste. Mais voici, les mots sont venus presque malgré moi. Notre langue est belle et généreuse. Elle se fait parfois désirer. Cette coquetterie-là lui est permise.

mercredi 19 novembre 2014

Alan Stivell : Kenavo Glenmor (1931-1996)

Retour sur une figure emblématique de Bretagne avec cet hommage d'Allan Stivell à Émile le Scanv, dit Glenmor, barde breton. Il fut notamment un des tous premiers chanteurs d'envergure dont la renommée dépassait les frontières bretonnes à chanter en breton, ouvrant la voie à une nouvelle génération de chanteurs. In memoriam.

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) : L'impossible

Amis de la poésie, s'il est une poétesse qui mérite d'être découverte, c'est bien Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), la marraine indiscutable des « muses » de la fin du siècle : Anna de Noailles, Gérard d’Houville, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Marie Noël ; celle à qui Balzac écrit dans une lettre : « […] car nous sommes du même pays, Madame, du pays des larmes et de la misère. Nous sommes aussi voisins que peuvent l’être, en France, la prose et la poésie, mais je me rapproche de vous par le sentiment avec lequel je vous admire. » ; celle, encore, dont Baudelaire déclare qu'elle «  fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme. »

La poésie de Marceline Desbordes-Valmore est d'une sensibilité si fine qu'elle en est presque éthérée. Il faut avoir beaucoup souffert pour écrire ainsi. Curieusement, elle a un lien indirect avec l"héraldique puisqu'elle fut la fille d’un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai après avoir été ruiné par la Révolution. On pourra prendre connaissance de sa biographie et de son œuvre sur l'excellent site Un jour Un poème
Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes
Et vole, vole ainsi que l’alouette aux cieux,
Lorsque tant de clarté passe devant ses yeux,
Qu’elle tombe éblouie au fond des fleurs, de celles
Qui parfument son nid, son âme, son sommeil,
Et lustrent son plumage ardé par le soleil !

Ciel ! un de ces fils d’or pour ourdir ma journée,
Un débris de ce prisme aux brillantes couleurs !
Au fond de ces beaux jours et de ces belles fleurs,
Un rêve ! où je sois libre, enfant, à peine née,

Quand l’amour de ma mère était mon avenir,
Quand on ne mourait pas encor dans ma famille,
Quand tout vivait pour moi, vaine petite fille !
Quand vivre était le ciel, ou s’en ressouvenir,

Quand j’aimais sans savoir ce que j’aimais, quand l’âme
Me palpitait heureuse, et de quoi ? Je ne sais ;
Quand toute la nature était parfum et flamme,
Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours… passés.
Marceline Desbordes-Valmore, Recueil  : Les Pleurs

Festin de carnivore


   Ce grand bœuf nourri de carottes,
   Je me le mange, à l’échalote.
   Comme un oiseau tombé du nid,
   Dans mon assiette il a fini.
   Son nom, je crois, fut Charolais,
   Un bœuf à viande, un vrai de vrai !

Il dort, embaumé de vin rouge,
Dedans ma panse où rien ne bouge.
Honneur à toi, bœuf du bocage,
Toi qui parfumas mon potage,
Goûte la saveur des oignons
Et sois fier d’être bourguignon.

Cochonfucius

Illustration d'en-tête : Le banquet, par Anton von Werner (1843-1915)

Le blason d'Irène G.

Tiercé en pairle renversé, au 1 d'or à un écureuil rampant d'orangé, au 2 de pourpre à une étoile d'or aussi, au 3 de gueules à deux chaussons de danse posés en chevron d'argent.

Agapè


L'Ami, le mien sentiment se nomme Philia 
Qui me porte à t'aimer sans condition aucune ; 
Car il ne veut craindre ni le sort d'Ophélia,
Ni des amours vains et hâtifs les infortunes. 

Je le veux porter vers les cimes de l'agapè, 
Le vêtir de soleil et l'armer de confiance. 
Pur et lumineux, rien ne le pourra frapper
Car je l'aurai forgé d'honneur et de vaillance. 

L'Ami, la pesanteur du monde m'est lourde parfois. 
M'aideras-tu à cultiver en mon humble jardin 
Cette gemme si belle dont nos âmes liées sont l'écrin ? 

Veilleras-tu sur celle qui, hier, te donna sa foi, 
Et qui demeure ta camarade, ta complice même ? 
Vienne le temps de récolter ce que tant je sème !

mardi 18 novembre 2014

L'amitié


L'amitié ignore les calculs sordides,
Toutes les arrières-pensées. Elle tisse entre
Amis des liens d'égalité, voire de
Complicité. Les consciences y sont transparentes

L'une à l'autre... L'ami est l'être devant qui
Nous n'avons aucune retenue, devant qui
Par conséquent, nous nous montrons tels que nous sommes,
Sans faire aucune distinction entre nous-mêmes

Et le spectacle que nous cherchons à donner.
L'amitié abolit cette différence,
Entre le dedans qui n'a de réalité

Que pour nous, et le dehors qui est l'apparence
Que nous montrons toujours avec indifférence
Et qui nous vide de toute intériorité.

Défilé de mode

Parut une créature hâve au masque figé dont le regard sec et tragique, terré dans des orbites creuses, se mirait dans son plein de soi. Ce squelette dans sa gaine de peau, affublé de chiffons précieux, se déhanchait avec la grâce d’un automate. Cet être asexué, montrant tout mais ne révélant rien, suggérant tout mais n’inspirant rien, semblait un spectre menant une danse macabre. Cette chose articulée, d’un abord lascif mais d’allure martiale, immolait sa beauté désincarnée à l’inapaisable idole de la mode. Guerrière métallique aux pensées flasques. Ombre diaphane maculée du mitraillage des flashs. Simulacre de femme dans son galbe efflanqué. Oriflamme de chair claquant à tous les vents d’un monde fantasque contemplant son propre mirage. La créature disparut, ne laissant dans son sillage qu’une traînée de vide.

Blasonnement des sept péchés capitaux


D'orgueil, à la superbe en plissement de morgue sur une bouche carnassière,
Une carte noire d'exhibition brochant sur un torse bombé en enflure de soi-même.

D'avarice, à l'égocentrisme contourné de froideur et de sécheresse,
La tendresse mesurée à l'aulne du vide intérieur hanté de pensées troubles.

D'envie, à la convoitise cousue de détachement feint et de simplicité prétendue,
Un Veau d'or brochant sur le cœur accosté d'un camée gravé d'une Gorgone souriante.

De colère, à la langue armée de blessures, les lèvres bandées en arc de déraison,
Une psyché liquide retenue par un barrage fissuré par les accès d'hystérie.

De luxure, aux cuisses grandes ouvertes au plus offrant des amours vénales,
La concupiscence brochant sur une âme fuyante dévorée de soifs brûlantes.

De gourmandise, à l'appétence insatiable par nature et bridée par défaut, 
La pulsion consumériste battant tambour et sous-traitée par mercenaires interposés.

De paresse, au désir servile d'être entretenu en échange d'une soumission négociée,
La non-ingratitude jetée sur la balance faussée d'une duperie de complaisance.

Le tout de stuc et de carton-pâte émaillés d'or et de plaisir,
L'imposture en chef, la vanité en abîme et la flétrissure en pointe,
L'écu surmonté d'une Lilith impudique couronnée d'une corne lunaire.