vendredi 1 juillet 2016

Le sommet

Sisyphe, peinture de Franz von Stuck (1863-1928)

Écrire un poème,
Tendre la main à celui
Qui a besoin d’aide…

Une seule et même action ;
Se hisser vers le sommet.


jeudi 30 juin 2016

L'amour et la mer

(Blason d'Anglade)

À Philis

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf, Recueil des vers, 1628.

_____

D'argent à un cep de vigne de sinople fruité de gueules soutenu de sable ; au chef ondé d'azur chargé de trois touffes d'herbe d'or.

Grand combattant

Image de l’auteur

Chevalier au blason de sable
D’un château qui n’a pas de nom
De sinople est son grand pennon
Et son armure est incassable

On dit que sa femme est canon
C’est une ondine insaisissable
Ses ennemis sont haïssables
Qu’il pourchasse au son du clairon

Je n’en fais nul panégyrique
Je ne vous dis pas ses secrets
C’est tout juste un sonnet lyrique

Pour ce batailleur sans regrets
Cet implacable mercenaire
Qui le soir lit Apollinaire

Cochonfucius

mercredi 29 juin 2016

L'huître

(Blason d'Arvert)


      L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.
      A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
      Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.


Francis Ponge - Le parti pris des choses (1942) 

_____

D'or à une fasce d'azur chargée de deux tas de sel d'argent ; accompagnée en chef de trois moulins à vent de sinople et d'une huître d'azur en pointe.

Perchoir

Image de l’auteur

C’est un moine cherchant comment à Dieu complaire ;
Aussi, de « Théophile », il reçut le surnom.
Mais il voudrait, de plus, être homme de renom,
Ce sont deux ambitions l’une à l’autre contraires.

Le dragon se tient seul, il ne sait pas quoi faire,
Il voudrait dévorer ce qui n’a pas de nom;
Il va bientôt trouver ce trésor, ou sinon,
Avec l’argile verte, il va le contrefaire.

Cet arbre souterrain ne sait pas ce qu’il veut ;
Il désire émerger, voir le jour, s’il le peut,
Se demandant, pourtant, quel prix Satan va prendre.

Le lapin blanc travaille à faire une oeuvre d’art,
Regrettant que jamais ne le chante un Ronsard ;
À me donner la plume, il veut bien condescendre.

Cochonfucius

Monde de reflets

Image de l'auteur

J’ai vu se refléter la huppe de juillet
Dans le miroir des rois de la place Pigalle.
Cet oiseau, gravement, un soir, déambulait,
Ayant pour l’escorter la garde nationale.

Elle but à loisir dans le petit jet d’eau,
Qui, vous le savez bien, coulait de bas en haut.
La douce nuit, bientôt, effacerait sa trace,
Et chaque garde, enfin, regagnerait sa place.

Un jeu d’échecs veillait, un beau jeu, savez-vous,
À l’usage des morts et du rêveur hibou.
La huppe l’admirait avec des yeux de flamme ;
Mais lui, pourtant, songeait à des hippopotames.

Cochonfucius

mardi 28 juin 2016

Le lombric

(Image de Pierrette)

Dans la nuit parfumée aux herbes de Provence,
Le lombric se réveille et bâille sous le sol,
Étirant ses anneaux au sein des mottes molles
Il les mâche, digère et fore avec conscience.

Il travaille, il laboure en vrai lombric de France
Comme, avant lui, ses père et grand-père ; son rôle,
Il le connaît. Il meurt. La terre prend l’obole
De son corps. Aérée, elle reprend confiance.

Le poète, vois-tu, est comme un ver de terre
Il laboure les mots, qui sont comme un grand champ
Où les hommes récoltent les denrées langagières ;

Mais la terre s’épuise à l’effort incessant !
Sans le poète lombric et l’air qu’il lui apporte
Le monde étoufferait sous les paroles mortes.
 
Jacques Roubaud, Les Animaux de tout le monde, Seghers, 1983.
_____

De tanné au lombric d'argent allumé de sable à l'anneau de sinople

La chasse à la licorne

(Blason de Chevalier de l'Ordre royal de la Licorne)

Les chasseurs, pour prendre cette bête formidable, font avancer une jeune vierge dans la forêt où elle a son repaire. Aussitôt que l'unicorne l'a aperçue, il se radoucit, accourt vers elle, se couche sur ses genoux, et se laisse prendre par les chasseurs. 

Extrait du Physiologos (II siècle), cité dans Bestiaires, vers 1250-1275.

De l'hippopotame

Blason de Ankh-Morpork 


L'hippopotame est un poisson qui est appelé cheval de fleuve, parce qu'il naît dans le fleuve Nil. Son dos, son pelage et sa voix sont semblables à ceux du cheval, ses ongles sont fendu comme chez le boeuf, ses dents pareilles à celles du sanglier, et la queue est en tire-bouchon. Il mange du blé dans les champs, où il marche à reculons, de crainte des pièges que lui tendent les hommes. Quand il a trop mangé, et qu'il se rend compte qu'il est frappé d'enfonture par excès de nourriture, il marche sur des cannes fraîchement coupées, jusqu'à ce que le sang jaillisse de ses pattes en abondance, et c'est de cette manière qu'il se guérit de sa maladie.

Brunetto Latini, Livre du Trésor (XIII siècle), dans Bestiaire du Moyen Age, traduit par Gabriel Bianciotto, Editions Stock, 1995.

lundi 27 juin 2016

De la nature de l'Aigle


(Blason de La Balme-d'Épy) 


L'Aigle est l'oiseau qui a la meilleure vue au monde, et il vole si haut qu'aucun homme ne peut le suivre des yeux. Sa vue est si perçante qu'il voit les plus petites bêtes sur la terre et les poissons dans les eaux et qu'il les attrape en piqué. Sa nature lui permet de regarder en face le soleil sans cligner des yeux. C'est la raison pour laquelle, quand il a des petits, il les maintient dans ses serres face aux rayons du soleil; celui qui regarde sans trembler est digne d'être gardé et nourri, mais celui qui détourne le regard est rejeté et chassé du nid comme n'appartenant pas à sa race.

Brunetto Latini, Le Livre du Trésor (XIII siècle) traduit par Eric Bacik de Li livres dou trésor (1863) , Bibliothèque nationale de France

_____




De gueules à un mont d'or chargé d'une grotte de sable le tout mouvant de la pointe, le tout surmonté d'une aigle d'argent, becquée, lampassée, membrée et couronnée d'azur, accostée de deux branches de gui d'or.

Hadès et Dionysos


Image de l’auteur

Non, je ne te dis pas d’aimer la mort cruelle,
Ni, non plus, d’adresser une prière aux cieux ;
Sitôt que ton visage aura fermé ses yeux,
Ton âme cessera de se croire immortelle.

Nous sommes en été. Que la lumière est belle !
Je ne vois dans le ciel qu’un astre glorieux ;
S’il achève le cours de son vol gracieux,
Il brille, au lendemain, d’une splendeur nouvelle.

Hadès et Dionysos, dois-je vous adorer ?
En vous, des malheureux jadis ont espéré ;
Hadès, non Dionysos, a leur soif assouvie.

Sur un lit d’hôpital, des maux peuvent guérir,
En dépit de cela, le patient doit mourir ;
Quand un poète meurt, il sourit à la vie.

Cochonfucius

Nef des martins-pêcheurs

Image de l’auteur

Satisfaits de leur destinée
(Car ils ne sont pas regardants),
Ils voguent depuis des années
Nos oiseaux, sur l’arche d’Adam.

Leur nid tapissé d’herbe folle
A la senteur du liseron.
Quand leurs enfants sont à l’école,
Ils leur préparent du mouron.

Leurs enfants, s’ils sont au collège,
Vont déjeuner chez des amis
Ou des cousins. Comment le sais-je ?
C’est le pluvian qui me l’a dit.

Cochonfucius

dimanche 26 juin 2016

My friend


He is my best friend,
He is with me night and day
He watches my days


He loves me as I love him,
A pure and unselfish love.

Petites béatitudes du dimanche

(Ancienville)


Heureux êtes-vous si vous savez vous taire et sourire
même lorsque on vous coupe la parole,
lorsque on vous contredit ou qu'on vous marche sur les pieds:
L'Evangile commence à vous pénétrer le coeur.

Bienheureux surtout vous qui savez reconnaître le Seigneur
en tous ceux que vous rencontrez:
vous avez trouvé la vraie lumière,
vous avez trouvé la véritable sagesse.

Joseph Folliet
_____

D'or à trois bandes d'azur à une charrue de laboureur d'argent brochant sur le tout.

Colimaçons maçons

Image de l’auteur

Lorsque la nuit s’approche, ils travaillent encore !
Leur enthousiaste effort ne va pas décroissant,
Et la pierre du pont, calcaire blanchissant,
Semble éclairer le monde, ainsi que du phosphore.

Cette pierre, au matin, d’une lueur se dore.
L’escargot constructeur n’est jamais languissant,
Sous l’arche déjà haute à demi paraissant,
Chaque colimaçon se souvient de l’aurore.

L’architecture, ainsi, grandit des deux côtés
Le monstre minéral surgit dans la clarté,
Monument imposant, comme un vaisseau de guerre.

Ce spectacle étonnant se présente à mes yeux,
Je ne sais si le pont montera jusqu’aux cieux,
Comme ont jadis voulu les peuples de la terre.


Le coq et le phénix

Image de l’auteur

Rêvant qu’il est phénix, un vieux coq solitaire
Pense à ses compagnons, dont il ne reste rien ;
Heureux de ne plus être un emplumé vulgaire,
Il aime son état, dont il se trouve bien.

Je connais des phénix, surtout de renommée,
Le prestige qu’ils ont me semble mérité ;
En de nombreux endroits, leur image est aimée,
Ce sont des oiseaux-dieux, je dis la vérité.

Mais être un cormoran qui prend quelques poissons
Et non pas un phénix, cela serait plus sage,
Ou bien le rossignol, répétant sa chanson,
Ou un grave échassier marchant sur le rivage.

Cochonfucius

samedi 25 juin 2016

Le coq céleste

(Blason d'Andechy)

Selon les Chinois, le Coq Céleste est un oiseau à plumage doré qui chante trois fois par jour. D'abord quand le soleil prend son bain national aux confins de l'océan ; puis quand le soleil est au zénith ; enfin quand il disparaît au couchant. Le premier chant secoue les cieux et réveille l'humanité. Le Coq Céleste est l'ancêtre du Yang, principe masculin de l'univers. Il est pourvu de trois pattes et il fait son nid dans l'arbre Fusant dont la hauteur se mesure par milliers de mètres et qui pousse dans le pays de l'aurore. La voix du Coq Céleste est très forte, son port, majestueux. Il pond des oeufs d'où sortent des poussins à crêtes rouges qui tous les matins répondent à son chant. Tous les coqs de la Terre descendent  du Coq Céleste qu'on appelle aussi l'Oiseau de l'Aube.


                      Extrait de " Le Livre des êtres imaginaires " de Jorge Luis Borges

_____

Tranché d'azur et d'argent à un coq brochant sur la partition,
   d'or sur azur et de gueules sur argent.

Château de l'ondin

Image de l’auteur

C’est le manoir où vécut autrefois
Le bel ondin, sans armes, sans armure,
Se nourrissant de quelques fruits de ses bois ;
Il ignorait le mensonge et l’injure,

De pauvreté ne craignait meurtrissure,
Ni destrier n’avait, ni palefroi,
Ni ne partait en quête d’aventure,
Aimant Nature aux poétiques lois.

Maint chevalier mis en déconfiture
Trouva refuge, avec sabre et pavois,
Près de l’ondin, sur une couche dure,
Pris en pitié quand il fut aux abois.

Cochonfucius

Ambivache

Image de l’auteur

Elle n’a pour pasteur le noble roi de gloire,
Ses sabots ne sont point de vernis embellis ;
Lui donnant, toutefois, sa place en mes écrits,
Je chante un ruminant de joyeuse mémoire.

Son double chef cornu remporte des victoires,
Un écu est orné de son profil joli,
Et d’or et de sinople est ce blason fleuri
Que fit un héraldiste au talent méritoire.

Sans doute existe-t-il, dans l’univers divin
Un djinn quadricornu qu’adorent ses voisins
Comme ils ont exalté le Seigneur de Palmyre ;

Ambivache, priez les ambidieux pour nous,
Et la postérité se souviendra de vous,
Comme d’un phénomène, un bovin qu’on admire.

Cochonfucius

Voyage

(Blason de l'Aveyron)

"Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas"
Lao-Tseu

(Blason d'Arcizac-ez-Angles)

"Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page"
Augustin d'Hippone

(Blason de la Manche)

"Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher
de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux"
Marcel Proust

(Blason d'Ancy-le-Libre)

"On ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va"
Christophe Colomb


(Blason d'Amanlis)

"Le plus beau voyage, c'est celui qu'on n'a pas encore fait"
Loïc Peyron


(blason de l'Ardèche )

"Veux-tu vivre heureux? Voyage avec deux sacs, l'un pour donner, l'autre pour recevoir"
Goethe

______


- Coupé mi-parti en chef, au premier d'argent à la tour de sinople, crénelée de sept pièces, maçonnée ajourée et ouverte de sable, au deuxième de gueules au léopard lionné d'or, au troisième d'azur plain.  (Blason de l'Aveyron)


- D'azur à une bande d'or accompagné en chef d'une palme d'argent posée en barre. (Blason d'Arcizac-ez-Angles)
 
- Parti d'argent et de gueules à une vache brochant sur la partition, d'or sur argent et d'argent sur de gueules ; à un croissant de lune d'argent en chef à dextre.  (Blason de la Manche)

 - D'azur à une colombe d'or volante, membrée et becquée de gueules.  (Blason d'Ancy-le-Libre)


- D'azur à une barque contournée d'argent habillée d'or ; au chef d'argent chargé de trois mouchetures d'hermines.
(Blason d'Amanlis)


- D'azur à un mont d'or mouvant de la pointe monté d'une fenêtre de style gothique colonnée, peronnée d'un degré le tout d'argent, accompagnée en chef de deux chèvres saillantes affrontées d'or et lampassées de gueules. (Blason de l'Ardèche)

vendredi 24 juin 2016

Homme

(Blason d'Abilly)


l'Ami du jour,
l'Amant de la nuit,
le Confident de l'ombre,
le Frère jumeau,
le Compagnon du rêve,
le Poète de cette étrangeté
si précieuse et tellement
indispensable à l'amie.
Guerrier, Ermite
Qui offre si généreusement
Des rivières de mots qui scintillent
En rejoignant l'océan du coeur
Où se reflètent les étoiles du désir.

Luciole 
_______

D'or au sautoir d'azur cantonné de quatre étoiles du    
même et chargé en coeur d'une étoile du champ.

Haute voltige

Image de l’auteur

Les anges ne sont pas des oiseaux de malheur,
Ce sont joyeux danseurs, tournant sans s’arrêter,
Ils ont ce que l’argent ne peut pas acheter,
Deux beaux yeux qui jamais ne verseront de pleurs.

Ils vivent volontiers sans objets de valeur ;
Ils valsent sans fatigue et sans se tourmenter,
Sans raison de se plaindre ou de se lamenter,
Sans éprouver de lourde ou légère douleur.

Dieu leur donna mission de louange exhaler,
De chevaucher le vent, des grands cieux dévaler,
Angelots dont la vie ne s’alambique pas.

À nous de mal dormir, à nous de larmoyer,
De regretter souvent la tiédeur du foyer,
Mais à nous, toutefois, pinard et bons repas.

Cochonfucius

Charpentiers, père et fils

Image de l’auteur

Travaillant encore et encore,
Ils ne voient pas le temps qui fuit.
Ouvrant leur chantier à l’aurore,
Ils le closent quand vient la nuit.

Braves pêcheurs sur les rivages,
Nobles bergers en haut des monts,
Paysans guettant les nuages,
Anges, dieux, vestales, démons,

Les charpentiers, veuillez le croire
Vous serviront de tout leur coeur
Sans réclamer la moindre gloire,
Sans rien… tout juste le bonheur !

Cochonfucius

jeudi 23 juin 2016

Sonnetisation du brevet des collèges 2016

-Texte initial :

      " C'est très long, quand on ne voit même pas la fumée de sa pipe, quand l'homme qui est tout près n'est plus qu'une masse d'ombre indistincte, quand la tranchée pleine d'hommes s'enfonce dans la nuit, et se tait. Sous les planches les gouttes d'eau tombent, régulières. Elles tombent, à petits claquements vifs, dans la mare qu'elles ont creusée. Une... deux... trois... quatre... cinq... Je les compte jusqu'à mille. Est-ce qu'elles tombent toutes les secondes?... Plus vite: deux gouttes d'eau par seconde, à peu près; mille gouttes d'eau en dix minutes... On ne peut pas en compter davantage. 
      On peut, remuant à peine les lèvres, réciter des vers qu'on n'a pas oubliés. Victor Hugo; et puis Baudelaire; et puis Verlaine; et puis Samain... C'est une étrange chose, sous deux planches dégouttelantes, au tapotement éternel de toutes ces gouttes qui tombent... Où ai-je lu ceci? Un homme couché, le front sous des gouttes d'eau qui tombent, des gouttes régulières qui tombent à la même place du front, le taraudent et l'ébranlent, et toujours tombent, une à une, jusqu'à la folie... Une... deux... trois... quatre... Il n'y a pourtant, sur les planches, qu'une mince couche de boue. Depuis des heures il ne pleut plus. D'où viennent toutes les gouttes qui tombent devant moi, et mêlées à la boue enveloppent ainsi mes jambes, montent vers mes genoux et me glacent jusqu'au ventre? 

Le bois était triste aussi,
Et du feuillage obscurci,
Goutte à goutte,
La tristesse de la nuit
Dans nos coeurs noyés d'ennui
Tombait toute... 

   Les gouttes tombent au rythme de ce qui fut la Chanson Violette, je ne sais quelle burlesque antienne qui s'est mise à danser sous mon crâne... Une... deux...trois... quatre... 

    La planche était triste aussi 
Et de son bois obscurci,
Goutte à goutte... 

   Je vais m'en aller. Il faut que je me lève, que je marche, que je parle à quelqu'un..."
  Maurice Genevoix ,"La Boue", Ceux de 14, 1916.


- Sonnet dialogué de Laurent Dyrek, professeur de lettres,  à partir du texte de Maurice Genevoix "Dans la Boue" dans Ceux de 14 .

Blason de la famille de Cardaillac
(dessiné par O. de Chavagnac pour l’Armorial des As)


"Que je me lève, que je marche, que je parle
A quelqu'un" mais j'entends goutter à l'infini
Dans la tranchée encor la pluie a fait son nid
Qui va là ? c'est Simon ? c'est Guillaume ? c'est Charles ?

- C'est ton copain Henri, du régiment de Bar-le-
Duc, de la même classe, ici on est puni
Dans la boue et la peur. Je songe à ma Mony
L'absente de mes jours et de mes nuits près d'Arles

- J'ai composé hier une carte à ma Lou
Je parlais des obus d'artifice et du flou
Qu'est devenu le sol et du cri des visages

- Tiens bon encor la nuit et le jour à venir
L'avenir nous attend par-delà tous les tirs
Et les feux des canons plus crus que les orages
______ 

D’or à une épée de gueules garnie d’argent accostée de deux grenades de guerre de sable allumées de gueules à la bande d’azur brochant sur le tout chargée de trois étoiles d’argent à la champagne de gueules.

Planète improbable

Image de l’auteur

Cette planète rit et pleure,
Puis, fort brusquement, s’assagit ;
Une foule de chiens surgit
Sans qu’on devine leur demeure.

Ici, des vestales mineures
Sourient d’un arbre qui mugit ;
Un champignon magique agit,
Mû par une force intérieure.

Les lunes ne sont pas immenses,
Mais sont atteintes de démence ;
Sitôt que celle-ci les mord,

On peut les voir, d’un air funèbre,
Emplir l’espace de ténèbres ;
Les chiens vont hurlant à la mort.

Cochonfucius

Piaf-Tonnerre à Bordeaux

Image de l’auteur

Voici que Piaf-Tonnerre, un joyeux personnage,
Va prendre du bon temps avec ses compagnons ;
Ira-t-il, pour cela, au pays bourguignon ?
Son destin l’a pourvu d’un tout autre apanage.

La poésie et lui font un heureux ménage,
Et l’omelette aussi, avec des champignons ;
Il n’est de grand lignage, il n’a pas de pognon,
Mais que vaut un trésor, que vaut un baronnage,

Que vaut ce qu’on acquiert par un maquignonnage ?
Mieux vaut un tavernier qui ne soit pas grognon,
Une maison de ville au modeste pignon,
Une accorte voisine aimant les badinages.

Cochonfucius

Mirabelle et le dalmatien



Sous la coupole débattent des rhétoriciens 
Craignant qu’on parle comme des vaches d’Espagne. 
Après le travail certains sabrent le champagne 
Avec leur splendide épée d’académicien. 
  
Ainsi un jeune immortel délaisse les siens, 
Au grand désespoir de sa fidèle compagne 
Qui décide de prendre l'air à la campagne  
Avec dans ses bagages son grand dalmatien.  

Un jour qu’il vagabonde à coté de la ferme, 
Abusée par l'aspect des poils couvrant son derme, 
Mirabelle confond le chien avec un veau.

Le voyant seul elle le prend sous ses mamelles, 
Le canidé ne regrette pas sa gamelle ; 
Le liquide est chaud à la sortie du tonneau. 

Summer

Painting by Katarzyna Kurkowska 

The first summer day,
We play and run in the hills,
A day of happiness

The violin jumps for joy,
The wild flowers are its note.

Découverte de l'amitié. Théâtre héraldique.


Acte III, scène 5


Alcmène                                                                                                     Jupiter



(Blason de Gif sur yvette)                                                                                       (Blason de saint-Vaury)
(...)

ALCMÈNE

Et si je vous offrais mieux que l’amour? Vous pouvez goûter l’amour avec d’autres. Mais je voudrais créer entre nous un lien plus doux encore et plus puissant: seule de toutes les femmes je puis vous l’offrir. Je vous l’offre.

JUPITER

Et c’est ?

ALCMÈNE

L’amitié !

JUPITER

Amitié! quel est ce mot? Explique-toi.Pour la première fois, je l’entends.

ALCMÈNE

Vraiment! Oh! alors je suis ravie! Je n’hésite plus! Je vous offre mon amitié. Vous l’aurez vierge...

JUPITER

Qu’entends-tu par là? C’est un mot courant sur la terre ?

ALCMÈNE

Le mot est courant.

JUPITER

Amitié... Il est vrai que, de si haut, certaines pratiques des hommes nous échappent encore...
Je t’écoute... Lorsque des êtres se cachent comme nous, à l’écart, mais pour tirer des pièces d’or de vêtements en loques, les compter, les embrasser, est-ce là l’amitié ?

ALCMÈNE

Non, c’est l’avarice.

JUPITER

Ceux, quand la lune est pleine, qui se mettent nus, le regard fixé sur elle, passant les mains sur leur corps et se savonnant de son éclat, ce sont là les amis?

ALCMÈNE

Non, ce sont les lunatiques !

JUPITER

Parle clairement! Et ceux qui dans une femme, au lieu de l’aimer elle-même, se concentrent sur un de ses gants, une de ses chaussures, la dérobent, et usent de baisers cette peau de bœuf ou de chevreau, amis encore ?

ALCMÈNE

Non, sadiques.

JUPITER

Alors, décris-la moi, ton amitié. C’est une passion ?

ALCMÈNE

Folle.

JUPITER

Quel est son sens ?

ALCMÈNE

Son sens ? Tout le corps, moins un sens.

JUPITER

Nous le lui rétablirons, par un miracle. Son objet ?

ALCMÈNE

Elle accouple les créatures les plus dissemblables et les rend égales.

JUPITER

Je crois maintenant comprendre! Parfois, de notre observatoire, nous voyons les êtres s’isoler en groupes de deux, dont nous ne percevons pas la raison, car rien ne semble devoir les accoler:un ministre qui tous les jours rend visite à un jardinier, un lion dans une cage qui exige un caniche, un marin et un professeur, un ocelot et un sanglier. Et ils ont l’air en effet complètement égaux, et ils avancent de front vers les ennuis quotidiens et vers la mort. Nous en venions à penser ces êtres liés par quelque composition secrète de leur corps.

ALCMÈNE

C’est très possible. En tout cas, c’est l’amitié.

JUPITER

Je vois encore cet ocelot. Il bondissait autour de son cher sanglier. Puis, dans un olivier, il se cachait, et, quand le marcassin passait grognant près des racines, se laissait tomber tout velours sur les soies.

ALCMÈNE

Oui, les ocelots sont d’excellents amis.

JUPITER

Le ministre, lui, faisait dans une allée les cent pas avec le jardinier. Il parlait des greffes, des limaces; le jardinier, des interpellations, des impôts. Puis, chacun ayant dit son mot, ils s’arrêtaient au terme de l’allée, le sillon de l’amitié sans doute tracé jusqu’au bout, et se regardaient un moment bien en face, clignant affectueusement l’œil et se lissant la barbe.

ALCMÈNE

Toujours, les amis.

JUPITER

Et que ferons-nous, si je deviens ton ami ?

ALCMÈNE

D’abord, je penserai à vous, au lieu de croire en vous... Et cette pensée sera volontaire, due à mon cœur, tandis que ma croyance était une habitude, due à mes aïeux... Mes prières ne seront plus des prières, mais des paroles. Mes gestes rituels, des signes.

JUPITER

Cela ne t’occupera pas trop ?

ALCMÈNE

Oh! non. L’amitié du dieu des dieux, la camaraderie d’un être qui peut tout, tout détruire et tout créer, c’est même le minimum de l’amitié pour une femme. Aussi les femmes n’ont-elles point d’amis.

JUPITER

Et moi, que ferai-je

ALCMÈNE

Les jours où la compagnie des hommes m’aurait excédée, je vous verrais apparaître, silencieux; vous vous assiériez, très calme, sur le pied de mon divan, sans caresser nerveusement la griffe ou la queue des peaux de léopard, car alors ce serait de l’amour, – et soudain vous disparaîtriez... Vous auriez été là! Vous comprenez ?

(...)


Amphitryon, Jean Giraudoux (1882-1944)

______


D’azur à la tête de femme d’argent couronnée d’or, accompagnée de trois fleurs de lys du même. (Blason de Gif-sur-Yvette)

 D'azur à un buste de sable, vêtu et diadémé d'or, accompagné de trois fleurs de lys du même posées 2 et 1 (Blason de Saint-Vaury)