Signes et Symboles – l'Image des Choses – Les Choses par l'Image - Et Ailleurs aussi...

Héraldie, qui traverse sa quatrième année, est un blog essentiellement consacré à l'héraldique. Cependant, il est largement ouvert sur tous les domaines : histoire, géographie, philosophie, littérature, poésie, symbolique, logotypie, chromolithographie, vexillologie, philatélie, numismatique, sigillographie, tyrosémiophilie, tégestophilie, oenographilie... mais aussi la musique, la peinture, la sculpture et l'art en général. Ce blog a donc aussi vocation à constituer une banque d'images (environ 35 000 à ce jour) et, idéalement, un portail vers toutes ces spécialités singulières.

vendredi 31 juillet 2015

Magma - Köhntarkösz, Pt. II

Considérations plumitives

Peinture d'Antonio Tamburro  

L'écriture est une véritable obsession !  
Tandis que de bon matin déjà je m'apprête,  
Et que devant la glace je me pose des questions,  
J'y vois danser des lettres qui me jouent trompette.  

Le spectre me souffle un mot ; surgit la louve
Qui m'en glisse un autre, puis l'amante par-dessus,  
Qui bientôt investit le château jusqu'aux douves ;  
Et flûte ! Il me faut aller faire les courses en sus !

 Aurons-nous au déjeuner un sonnet poivré  
Qui laissera sans doute plus d'un lecteur navré ?  
Ou alors, un sonnet plus léger qui conte fleurette ?  

À moins de quelque composition blasonnée ?  
Mes idées dansent, je suis complètement sonnée !  
Je n'ai pourtant point trop forcé sur la buvette...

Le spectre à trois faces
Infus et confus

Héraldique parallèle : d'or, d'argent et de carnation

Peinture d'Andrius Kovelinas

À Marie-Louise

D'or montre mon côté lumineux ou du moins
Le meilleur possible en ma présence au monde ;
D'argent symbolise de ma nature les recoins
Obscurs ou non émergés et les eaux profondes

De ma psyché dont les sourdes ramifications
S'étendent à l'inconscient collectif et au code
Génétique ; pas toujours facile comme équation !
Pour s'employer, on ne trouve pas toujours le mode.

De carnation montre ce que je suis vraiment
Et dont je dois dire que ça m'échappe très souvent ;
Rares ceux qui connaissent mon véritable visage ;

Ce n'est point utile ; qu'en ferait-on d'ailleurs ?
Le monde est ingrat ; je garde de moi le meilleur
Et ne l'offre qu'à mes amis loyaux et sages.

Le spectre à trois faces
La meilleure pour la fin

À Marie-Louise

Peinture de Michael Cheval

     Si les jours semblent se ressembler, avec cette impression de gâcher son temps dans la routine d'une vie répétitive, n'offrant ci et là qu'un peu de relief, de carton-pâte bien souvent, très vite estompé d'ailleurs, ou encore, des moments épicés qui tiennent peu dans la durée, car, comme tu l'écris, la vie triviale et les effets réducteurs de la vie mondaine, par ses contraintes, ses vicissitudes et, plus que tout, le jeu permanent des miroirs aux alouettes et la duperie personnelle et mutuelle, communément partagée, généralisée donc (et souvent inconsciente) insinuent la pesanteur, au sens le plus plombant de ce terme, c'est non pas pour nous acculer dans une impasse où l'on tournerait en rond pour creuser finalement la fosse du vide, mais pour nous rappeler à la première et pleine valeur de l'instant. Que la vraie vie s'y trouve tout entière et transcende ce que nous appelons les circonstances, c'est-à-dire sans en être conditionnée ni sans y être circonscrite. Sans détermination absolue donc. Repense à ce qu'écrit Marc Aurèle et dont tu as fait ton viatique. Repense aussi au film Un jour sans fin où, à force de revivre tout le temps la même journée, le journaliste, blasé de tout et absent au monde, intégralement égocentrique, prend peu à peu conscience de son environnement ; mais surtout, il commence à réaliser l'existence des autres, leur réalité intrinsèque. Et au lieu d'aborder chaque matin le déjà vu sans y prêter aucune attention, il entre dans le vif de chaque instant et y trouve des petits cailloux blancs. Sa vie prend de l'intensité, justement à travers ces petits riens coutumiers et apparemment banals auxquels il n'avait jamais prêté aucune attention particulière. 

Pesanteur

Peinture de Daniel F. Gerhartz

L'Ami, tu sais qu'échapper à la pesanteur
Du quotidien est parfois un combat bien rude,
Tant nous sommes contrés par les effets réducteurs
De la vie mondaine et de ses vicissitudes ;

Le commerce avec les hommes est peu transcendant ;
Tout invite à mener une existence triviale,
Tout détourne le pas vers l'escalier descendant ;
Ce courant est puissant, il a une force fluviale.

À côté, nous ne sommes qu'un tout petit ruisseau ;
Mais, dis-tu, ce n'est pas la contenance du seau
Qui importe, mais la qualité du contenu.

J'entends bien cela et souvent me le répète ;
Non que je doute, mais cela m'aide à tenir tête ;
Je me sens faible, j'ai besoin d'être tenue.

ML, Le chemin des étoiles

jeudi 30 juillet 2015

Héloïse 2

Peinture de Charles Sillem Lidderdale (1830-1895)

     Héloïse lui confia qu'elle aussi avait failli basculer dans la boisson. Pour le relativisme que l'ivresse activait. Pour l'euphorie qu'elle mettait en scène. Pour mieux fuir, en somme...

– Mon désenchantement m'avait tant mortifiée, quasi brisée, que ma vie s'en était trouvée aplatie, comme ramenée à la deuxième dimension. Plus rien n'avait de relief. Les gens me paraissaient insignifiants. Je me cambrais au bord de mon anéantissement. Curieusement, je n'ai jamais vécu un amour-passion avec Hervé. Ni lui ni moi n'étions dans une relation fusionnelle. Nous étions l'un comme l'autre passionnés et absorbés par notre travail qui accaparait le plus clair de notre temps. En réalité, nous occupions davantage notre logement que nous y vivions. Nous cohabitions plus que nous n'étions ensemble. Nous faisions plus la paire que nous ne formions un couple. En quelque sorte, notre union n'était que la somme d'une arithmétique. Un plus un égalaient toujours deux, sauf que j'étais de moins en moins dans les termes de l'addition. Avec le temps, il ne se passa plus rien entre nous. Jusqu'alors, je pensais vivre pleinement. D'une certaine façon. Sauf que ça ne concernait qu'un pan de ma vie, qu'un aspect de ma personne. Je réalisai qu'une vie remplie n'était pas nécessairement une vie comblée. Pas plus que manger en suffisance signifie se nourrir correctement. Comme chez beaucoup de gens, la profusion extérieure voilait l'indigence intérieure. J'avais la quantité et la qualité mais intérieurement, j'étais dans un état d'anémie dont je mesurai l'étendue tel un coup de foudre. Voilà. La suite, tu la connais. Maintenant, ne vas pas t'imaginer que je me torchais. Par contre, je n'ai jamais touché aux stupéfiants. Et ce n'étaient pas les occasions qui manquaient, tu peux me le croire. Je n'ai jamais fumé qu'un seul et unique joint de toute ma vie. Quand j'étais adolescente. Je m'étais alors sentie si malade que ça m'avait passé l'envie de récidiver.

Au revoir Madison

 Peinture de Vladimir Kush

Demain, Madison, tu t'en repars vers Albion
Où t'appellent bien des tâches, mais non sans la promesse
De revenir à loisir ; nulle réservation
N'est ici nécessaire, la table que l'on dresse

Est ouverte aux amis et nobles compagnons ;
Tu en es, et là-dessus, tous ici s'accordent ;
Dommage que ton passage ne fut qu'un tourbillon ;
À peine eûmes-nous le temps de jouer de nos cordes.

Je te dédie cette composition, Madison,
Elle t'en dira plus long qu'un coup de téléphone ;
Dès cet instant, elle vogue sur la nef Héraldie

Et fera le tour du monde ; j'y ajoute une rose,
Notre symbole ; et ce verre que je lève arrose
Notre amitié née en jardin d'Arcadie.

ML, La douceur angevine

Le pêcheur et la sirène

 

     Mon grand-père me contait toujours beaucoup d'histoires. C'est lui qui m'initia très tôt aux fables de La Fontaine et de Florian dont il récitait certaines de mémoire. Mais souvent, il me les rapportait à sa façon, résumées, et dans une langue qui m'était alors accessible. Mais il me racontait parfois aussi des histoires qui lui était arrivées personnellement (c'est ce que, pleine de candeur, je croyais alors). Celle-là, par exemple...

     Un jour, alors qu'il était lui-même encore un petit garçon, tandis qu'il pêchait à la rivière en essayant de taquiner le goujon, comme on dit, il vit son bouchon s'enfoncer subitement et remonter aussi vite ; il pensait alors avoir une grosse prise au bout de sa ligne, mais dès qu'il tirait sur le fil, plus rien ! Chaque fois qu'il remettait sa ligne à l'eau, le phénomène se reproduisait, invariablement. Perplexe, il se demanda, avec un début d'inquiétude : « Qu'est-ce que ça peut bien être ? » Il voulut, une dernière fois, tenter sa chance. Mais cette fois-ci, il y eut une forte résistance au bout du fil. Il tira dessus de toutes ses forces et fut stupéfait de ce qu'il découvrit : une petite sirène ! Qui n'avait pas l'air contente, mais pas contente du tout. Elle lui lança : « Vilain petit homme ! Tu n'as donc pas compris que tu étais indésirable ici ? N'as-tu pas honte de t'en prendre ainsi à mes frères poissons ? De les martyriser avec ton cruel hameçon ? Que dirais-tu si un troll t'attrapait avec un crochet à viande ? C'est toi le troll ! Vilain ! » Ayant dit cela, la petite sirène arracha la canne à pêche des mains du garçon et disparut avec dans les profondeurs de l'eau.

     Depuis ce jour-là, mon grand-père n'alla plus jamais à la pêche et ne mangea plus jamais de poisson. C'est ce qu'il m'avait raconté. Aujourd'hui, avec le recul, je réalise que c'est véritablement lui qui m'a aidé à développer cette sensibilité qui est mienne. Je lui en suis redevable et je crois bien aussi que c'est lui qui avait alors posé les premiers cailloux blancs sur le chemin des étoiles, un chemin que j'allais retrouver beaucoup plus tard, dans des circonstances bien singulières...

Reconsidérations œnologiques


Drôle d'idée d'appeler un vin Cuisse de Bergère !
Et pourtant, à y regarder d'un peu plus près,
La chose ne fut pas décidée à la légère,
Car en promouvant ainsi les jolis apprêts

D'une bergère que l'on verrait plutôt en soubrette,
L'on veut suggérer que ce vin, plutôt léger
Et sans doute gouleyant, inspire des amourettes
Pastorales et ne prétend pas vous arranger

Votre portrait, que vous découvrez dans la glace
Le lendemain : d'idylle pas même la première trace,
Mais une sacrée gueule de bois de tous les enfers !

Si la cuisse d'un vin désigne sa consistance,
Celle de la bergère est peut-être d'inconstance,
Allez savoir ! À votre santé, tant qu'à faire.

Le spectre à trois faces
Ni gueule ni langue de bois

Hommage à une guerrière


Jeanne dite la Pucelle n'avait pas la cuisse légère,
Même si elle ne dédaignait pas, à l'occasion,
Boire un bon godet de vin, en digne bergère ;
Bouter les Goddons hors de France fut sa passion

Elle le paya de sa vie, c'est ce qu'on rapporte ;
Là-dessus, les historiens ne sont pas d'accord
Car cela se serait passé d'une autre sorte ;
L'on aurait brûlé à sa place un autre corps.

Lors, pour faire l'autopsie, on peut toujours courir,
Et aucun témoin n'a oublié de mourir !
Peu importe, Jeanne fut vaillante et noble guerrière ;

Je lève mon verre à sa mémoire et à sa fâme ;
J'honore la Pucelle mais j'admire aussi la femme
Qui, c'est sûr, n'avait pas une âme de chambrière.

Le spectre à trois faces
Noblesse oblige

Sagesse d'une bergère

Leelee Sobieski dans le rôle de Jeanne d'Arc, 1999

On m'a rapporté que la Pucelle d'Orléans
Mangeait très peu et plutôt très sobrement,
Ne se nourrissant que de pain, à peine une tranche,
Et d'un peu de vin, guère davantage le dimanche.

Elle vivait parmi des hommes frustes, plutôt vulgaires,
Montant et démontant le camp pour faire la guerre ;
Elle était engoncée dans une armure de fer ;
De la sorte, les besoins sont peu aisés à faire ;

Il lui fallait donc limiter la digestion
Au strict nécessaire, avec fort prudente gestion.
J'aime de l'histoire de France les petites anecdotes,

Celle-ci est fort émouvante et je remercie
Le Blasonneux de me l'avoir contée ici ;
J'en ai fait ce sonnet inspiré de mes notes.

ML, Café de la Paix

Soleil austral

Image du blog Herald Dick Magazine

Je suis le fier soleil, habitant du ciel bleu ;
Je m’y installe aussi lorsqu’il est nébuleux,
Et même dans la pluie (on dit que c’est étrange,
Mais c’est ce qu’aiment bien mes compagnons, les anges).

J’éclaire, devant eux, la voie des empereurs,
Le chemin des flâneurs, les bœufs des laboureurs,
J’interviens dans le conte et dans la parabole,
Sur drapeaux et blasons, je suis un vrai symbole.

Tous aiment mon trajet, lentement déroulé,
Mon regard rayonnant, mon corps immaculé,
Mon rôle en l’univers, qui est celui d’un Maître
(Mais je fais bien semblant d’obéir à vos prêtres !)

Cochonfucius

Aigles de jadis et naguère

Image du blog Herald Dick Magazine

D’aigle héraldique, honorable est la vie,
On se confie à notre entendement,
On nous respecte aussi, profondément,
Bien des oiseaux nous portent de l’envie.

De prédateur, reine n’est poursuivie ;
Sa Majesté s’épargne les tourments
Dont d’autres gens sont taxés lourdement,
Par l’adversaire, ou la foule ennemie.

D’aigle ou de reine un statut l’on acquiert
Si le destin, par chance, le requiert ;
N’en rien avoir n’entraîne pas de blâme.

Aigle serais, si tu l’eusses daigné ;
Ton caractère était plus résigné,
C’est d’un moineau que tu arbores l’âme.

Cochonfucius

Femme Bélier

Peinture de Sarah Joncas

Derrière mes airs de démone, j'incarne le bélier,
L'attribut de Belinus, dieu de la lumière
Chez les Celtes, auxquels je suis par nature liée ;
S'éclairer soi-même, telle est la vertu première.

Cela passe par le sacrifice de l'animal
En soi, c'est-à-dire la conversion des plus basses
Pulsions en forces capables de vaincre le mal ;
De cela, bien des écrits ont laissé la trace ;

L'histoire d'Abraham ne raconte pas autre chose ;
Se défausser sur autrui n'est jamais bonne cause ;
Chacun est responsable de sa propre vie.

Je suis femme Bélier, de feu sacré et d'orage ;
Je défonce les portes, de colère et non de rage.
Ma ligne est droite et jamais je n'en dévie.

Le spectre à trois faces

Duo-monologue

Peinture de Sophie Wilkins

Beaucoup s'imaginent fort avoir de la hauteur
Dans leur conversation en duo-monologue,
Pilotant à vue leur cerveau navigateur
Et s'échangeant les pensées d'un même catalogue.

Certains ont une grosse mémoire, mais de poisson rouge,
Se souvenant de tout, mais sans pouvoir lier
Les éléments entre-eux ; dans leur tête, tout bouge
Sans cesse et déraille, faute d'être bien aiguillé.

L'on se regarde sans se voir, autant l'on s'écoute
Sans s'entendre ; de la mer l'on ne voit qu'une goutte,
Mais, quand la tête déborde, s'y noyant volontiers.

Le moi-je et le toi-tu tricotent un voilage
Qui recouvre la volière aux idées volages.
Ce que verse la bouche n'est pas eau de bénitier.
 
Le spectre à trois faces
Portraitiste du vide

Ego Label

Peinture de Vincent Cacciotti

Certaines personnes gagnent à n'être pas connues ;
Il en est de sulfureuses et même de toxiques ;
D'autres sont bizarres, fantasques ou biscornues ;
Pour en dresser la liste, il faut tout un lexique !

Mais les pires d'entre les plus mauvaises, et de loin,
Ce sont celles dont le vide vous fait mourir d'ennui ;
Je désigne par là toutes celles qui n'ont de soin
Que pour leur petit ego, qui se fichent d'autrui

Ou n'en ayant qu'une approche plus intéressée
Que vraiment curieuse, ne se montrant empressées
Que si les choses vont dans le sens qu'elles escomptent.

Avec elles, tout tombe à plat, même les montagnes ;
Partager leur vie doit relever du bagne ;
Plus d'un s'est sauvé en ayant fait le décompte.

Le spectre à trois faces
Portraitiste du vide

Héraldique parallèle : croisée de gueules et de sinople


Par un beau matin que le soleil illumine,
Une cycliste de sinople s'en va faire ses courses ;
Le placard est vide, la maison crie famine ;
Mais les prix sont chers, il faut tirer sur la bourse.

S'en vient en sens inverse une autre ménagère,
De gueules celle-ci, mais d'humeur plutôt assassine ;
On raconte dans le quartier que c'est une mégère ;
Croisant l'autre, elle lance : « Tiens, voilà Bécassine ! » 

L'outragée hausse les épaules, poursuivant sa route,
Se disant que tout bien réfléchi et somme toute,
Mieux valait être une Bécassine qu'une Gorgone.

– Moi, femme de sinople, si je me mêle de gueules,
Je vire au jaune acide ; elle me prend pour une veule ;
Plutôt pas stupide, ni du genre à faire des tonnes !

Moralité : chacun ses couleurs et les courses seront bien faites.

Le spectre à trois faces
Héraldique parallèle

Esprit de la mer

video
Musique : Robert Fripp & Brian Eno - Wind on Water – Peintures : Alex Alemany

Quand j'étais petite fille, j'écoutais la mer dans un coquillage, comme le font toujours les enfants et même souvent encore les adultes (dont votre servante). Mon grand-père me disait qu'il fallait, une fois par an, recharger le coquillage, sinon il se viderait. Ainsi, chaque été, quand nous allions à la mer, je l'emmenais avec moi et le posais sur la plage, en croyant que l'esprit de la mer y pénétrerait et l'emplirait assez pour pouvoir l'écouter durant une année entière. Aujourd'hui encore, je ne regarde jamais la mer sans penser à cette époque, sauf que maintenant, le coquillage c'est moi-même et je me laisse pénétrer par l'esprit de la mer pour une année entière.

Aube

Peinture d'Alex Alemany

L’aube m’éveille
D’une bise sur la joue.
Ma flûte chante.

L’infini marin m’appelle,
Je vogue vers ta douceur.

Esther Ling

mercredi 29 juillet 2015

Instant du soir

Peinture d'Alex Alemany

J'aime cet instant du soir, quand le jour et la nuit
Se rencontrent, s'embrassent et s'interpénètrent ;
Rien tant ne m'évoque le temps qui passe et qui fuit ;
Mais rien tant non plus ne fait vibrer mon être.

C'est presque toujours à ces moments que la Muse
Me visite ; je ferme les yeux, je sens son souffle ;
D'elle, il suffit d'un mot, et je deviens profuse ;
Mon esprit alors s'envole, tel un écoufle,

À peine encore retenu par un fil, plus ténu
Que celui de l'aragne ; je suis dans mes nues,
Tellement loin, si profondément en moi-même,

Que mes compagnons se déplacent tout en douceur
(Justine dit qu'il faudrait un aéroglisseur :-).
J'en suis émue ; s'ils savaient combien je les aime !

ML, La douceur angevine

Dessous l'assiette

Peinture de Christian Schloe

Je ne suis point gourmande, même plutôt très sobre ;
Une bien trop longue et inévitable pratique
Des restaurants, dont je ne compte plus le nombre,
M'y oblige ; l'alimentation diététique

N'est donc pas une posture mais une nécessité ;
On a raison de dire que les gens creusent leur fosse
Avec leurs propres dents, mais la publicité
Attise en permanence l'envie, outre qu'elle brosse

Dans le sens des poils le consommateur gogo
Ou tenu comme tel ; mais n'est dindon de la farce
Que qui le veut bien ; si donc nous sommes tous égaux,

Nous le sommes de même devant les informations
Largement accessibles, certes plutôt éparses,
Ce qui exige donc un temps d'appropriation.

ML, Café de la Paix

Guerrière bardique

Peinture d'Andrius Kovelinas

Même si elle s'en cache et s'en défend, c'est une guerrière
Dans l'âme autant que dans la vie ; d'elle, j'ai appris
Bien des ficelles, genre : comment garder ses arrières,
L'art rapide de neutraliser les malappris,

Se fondre dans le décor, voir ce qui échappe
Au commun, entendre ce que n'entendent les sourds,
Décoder les gestes, repérer les mots chausse-trappe,
Avoir une langue taillée, un regard sans détours...

Je n'en fais pas ici toute la nomenclature
Car à ses yeux, tout cela n'est que confiture ;
Là, elle me gronde d'écrire cela mais je m'en fous !

Sa vraie passion de toujours, c'est la harpe celtique ;
Quand elle en joue, l'on voyage en pays bardique ;
Elle chante que le monde d'en bas n'est qu'une nef de fous.

Le spectre à trois faces
Sur une nef de fous

Considérations œnologiques


Je ne suis pas vraiment disciple d'Épicure,
Mais j'aime goûter au bon vin qui réjouit le cœur ;
La douceur angevine se prête à pareille cure ;
J'ai pour me veiller bonne compagne et vraie sœur.

Du vin, je regarde d'abord la robe : sa couleur,
Sa teinte, son intensité, sa limpidité ;
Ensuite, je flaire son nez, c'est-à-dire son odeur ;
Son arôme est-il floral, végétal, boisé ?

Après la phase dite olfactive, c'est à la bouche
De juger s'il est plutôt gras ou astringent,
C'est-à-dire tannique ou moelleux, et si les touches
Sont persistantes dans le palais. Voilà, braves gens,

Comment je procède, avant la première bouteille
(Pardon, le premier verre). Maintenant, n'allez pas
Croire que je suis une coutumière du jus de treille ;
Comme la plupart, je n'en bois que lors des repas

Ou, à la rigueur, de quelque occasion festive,
Mais seulement en cercle restreint et fermé ;
Avec mes amis, je suis beaucoup moins rétive ;
Ils pourraient, si nécessaire, vous le confirmer.

Le spectre à trois faces
In vino veritas